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Charles Sorlin, capitaine de la Coloniale

Communication du jeudi 23 novembre 2023

Gérard Leducq

Charles-François Sorlin est né le 21 décembre 1866 à Saint-Hilaire-lezCambrai, dans une famille plutôt aisée de tisseurs. Il étudie au séminaire jusqu’au seuil de la prêtrise. En 1888 il est enseignant congréganiste à Lille quand tout à coup il s’engage au 127e régiment de ligne, caserné à Valenciennes. Il devient rapidement sergent.

En avril 1895 il entre à l’École militaire d’infanterie de Saint-Maixent. Il en sort un an plus tard, sous-lieutenant au 5e régiment d’infanterie de marine (5e RIMA) à Cherbourg. L’infanterie de marine avait pour vocation les actions outre-mer.

En 1897, il est affecté en Cochinchine dans un régiment de tirailleurs annamites. Son régiment eut ses missions surtout en Annam et au Tonkin, protectorats plus récemment pacifiés. Il s’intéressa à la culture indigène, dont il reconnaissait et respectait la valeur, et il entreprit d’apprendre la langue. Il est désormais lieutenant. En mars 1899 il revient en France, affecté à Brest au 6e RIMA, puis au glorieux 2e RIMA. Les RIMA deviennent en 1900 les régiments d’infanterie coloniale (RIC).

En juin 1900 Charles est envoyé en Chine dans le contexte de la révolte des Boxers. Ceux-ci, en réaction contre des traités jugés humiliants avec les puissances étrangères, s’en prennent aux occidentaux et aux missionnaires. En juin 1900, avec l’appui du pouvoir, ils mènent contre eux une campagne meurtrière. Le 20 l’ambassadeur allemand est assassiné et le quartier des légations à Pékin est assiégé. Huit nations dont la France se coalisent pour former un corps expéditionnaire chargé de libérer les légations et d’écraser la révolte. Charles Sorlin débarque en Chine le 13 août. Il est officier d’approvisionnement au 17e RIC, créé pour la circonstance... Il ne sera à Pékin que le 24, 10 jours après la libération des légations. La ville porte les traces horribles et nauséabondes des exactions des Boxers ainsi que de celles de la répression des jours précédents. La répression, sanglante, s’étend ensuite à la province pour mettre fin à la révolte et par vengeance, mais aussi selon une politique de terrorisation pour faire pression sur le pouvoir chinois à l’heure de traités économiques. Les troupes françaises mèneront de nombreuses petites opérations dites de police et deux actions d’envergure, l’une pour faire reculer des troupes chinoises derrière la Grande Muraille, l’autre pour occuper la zone des tombeaux impériaux. La paix est signée le 7 septembre 1901. Le lieutenant Sorlin reste en Chine jusqu’en juin 1902. Il subit une période d’hospitalisation.

En juin 1902, il rejoint au Tonkin, toujours déclaré « en guerre », le 17e RIC bientôt renommé 5e régiment de tirailleurs tonkinois. En août 1903, il revient en France, en congé jusqu’à son affectation, en février 1904, au 6e RIC à Brest. Il commande le demi-bataillon détaché au fort Toulbroch, qui défend le goulet de Brest. Le 23 octobre 1904, il est promu capitaine.

Le 15 septembre 1905 il est affecté au Soudan français dans le 2e régiment de tirailleurs sénégalais. Le Soudan reste qualifié d’ « en guerre » pendant toute la mission de Charles Sorlin en Afrique occidentale. Après six mois à Kayes, dans une zone où il n’y a plus à assurer qu’une présence sécuritaire et des tâches administratives, en mars 1906 il continue sa mission à Bobo-Dioulasso, dans la boucle de la Volta noire. Cette région, où la pacification assez récente semble rester fragile, n’a pris le statut de colonie qu’un an auparavant. L’année suivante il rentre en France où il bénéficie d’un congé de convalescence de 6 mois.

Le 29 janvier 1908 il retrouve le 5e RIC à Cherbourg. Il est installé dans la commune voisine d’Equeurdreville avec son épouse et sa fille; son fils naîtra en 1910.

En janvier 1911 il repart en Cochinchine, au 11e RIC. Il commande une compagnie à Chaudoc, à la frontière du Cambodge. Sa famille l’a rejoint. En avril il est nommé chevalier de la Légion d’honneur. Ses campagnes lui avaient précédemment valu d’être chevalier de l’Ordre du dragon d’Annam et chevalier de l’ordre royal du Cambodge.

En juin 1913, c’est le retour à Cherbourg, au 1er RIC.

En 1914, après la déclaration de guerre, son régiment doit rejoindre la 3e division d’infanterie coloniale envoyée dans le Luxembourg belge. L’état-major a décidé la « bataille des frontières » en attaquant le flanc des troupes allemandes qui contournent les Ardennes au nord. Mais il sous-estime les forces ennemies et il n’imagine pas que de fortes troupes allemandes sont descendues vers le sud jusqu’à occuper les forêts de Chiny et de Neufchâteau. Il a programmé avec confiance un cantonnement à Neufchâteau le soir du 22 août. À l’aube de ce jour, la 3e division d’infanterie coloniale traverse Rossignol, à une quinzaine de km au nord de la frontière. Au sortir du village, la route de Neufchâteau monte jusqu’à l’entrée d’une forêt dense. Les Allemands, bien mieux renseignés, nombreux et lourdement armés, y sont embusqués dans des tranchées et à l’abri des taillis. Le 1er RIC du capitaine Sorlin, à l’avant-garde est massacré par un terrible mitraillage. Les ordres, qui souffrent d’une grande désorganisation, restent d’avancer, y compris pour les bataillons qui suivent, puis pour une seconde division. Le bilan sera catastrophique... À la bataille de Rossignol, en un seul jour, 7 000 soldats français furent tués, contre 800 à 1 000 soldats allemands. Le bilan global de l’offensive du 22 août dans ce secteur est de 27 000 tués, d’où le titre que Jean-Michel Steg donne à son ouvrage qui la relate : Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France – 22 août 1914. Ce jour-là le capitaine Charles Sorlin est tombé dans le premier assaut. Sa citation à l’ordre de la Nation le rappelle ainsi : « Le 22 août 1914, alors que sa compagnie déployée marchait à l’ennemi, ayant remarqué un flottement parmi ses hommes, fit preuve de la plus grande bravoure en se portant en avant de sa ligne pour entraîner toute sa troupe sur la position ennemie ; est tombé glorieusement à la tête de sa compagnie ». Il a sa tombe dans le cimetière militaire du 1er Colonial sur la route de Rossignol à Neufchâteau.

Page mise à jour le 04/01/2024 à 14h05

 

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