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Les histoires de famille font partie de l'histoire 2

Le 23 avril 2015

Colette et Pierre Lebecq

Après avoir évoqué l’histoire de ma famille maternelle, nous allons parler de ma famille paternelle.

Balthazar Chenorkian et Sophie Angélique Kayser

Le 20 octobre 1849, à Istanbul, Balthazar Chenorkian épouse Sophie Angélique Kayser. L’épouse a 16 ans, l’époux est passablement plus âgé. Il est professeur de français et fait partie de la bourgeoisie arménienne. Elle est la fille d’un ouvrier verrier lorrain, François Kayser.

La verrerie en Lorraine et ailleurs

La tradition de la verrerie est très ancienne en Lorraine. En 1767, Louis XV autorise la création d’une verrerie royale, la cristallerie de Saint-Louis.

François Kayser quitte cette cristallerie des Vosges, où ses père et grand-père ont travaillé. Il part d’abord au Creusot, où se trouve la cristallerie de la Reine, créée en 1786 sous les auspices de Marie-Antoinette. Il y épouse Reine Kirschwing, issue comme lui d’une famille de verriers vosgiens. Vers 1830, le couple s’installe à Choisy-le-Roi, où se trouve également une verrerie, fondée en 1821. C’est là que naît le 17 octobre 1833 leur fille Sophie Angélique.

L’Arménie et les Arméniens

La première mention de l’Arménie remonte à 520 av. JC. L’Arménie ne formera quasiment jamais un état indépendant. Mais le peuple arménien a su conserver à travers les siècles son identité culturelle. Les deux piliers de cette “arménité” sont la religion chrétienne et l’alphabet.

Dans l’empire ottoman, les non-musulmans avaient un statut spécial, celui de dhimmi. Ils conservaient leur liberté religieuse, mais n’étaient pas considérés comme les égaux des musulmans.

Au début du XIXe siècle, les Russes envahissent le Caucase. En 1829, l’Empire ottoman doit céder aux Russes une partie de l'Arménie. De nombreux Arméniens turcs fuient vers l’Arménie russe. Au milieu du XIXe siècle, il y a environ 2 500 000 Arméniens dans l’Empire ottoman, 1 500 000 Arméniens en Russie et 26 000 Arméniens en Perse.

L’Empire ottoman décline. Les Arméniens, dont le sort est lié aux rivalités entre la France, le Royaume-Uni et la Russie, vont être victimes d’exactions de plus en plus nombreuses de la part des Turcs.

La société arménienne dans l’empire ottoman

Il existe une forte opposition, dans l’Arménie turque, entre Yerkir, le Pays, et Bolis, la Ville, c’est à dire Constantinople (Istanbul)

Les Arméniens de Constantinople constituent une société très inégalitaire. Les artisans et les boutiquiers en forment la plus grande part. Au-dessus se trouve une bourgeoisie marchande occidentalisée qui s’enrichit dans les échanges entre l’Orient et l’Occident. Au sommet se trouve la petite caste aristocratique des amira, qui deviennent au XIXe siècle les pionniers de l’industrie ottomane.

La famille Chenorkian

C’est une famille bourgeoise et occidentalisée.

Balthazar Chenorkian et Sophie Kayser ont un premier fils, prénommé Emmanuel. En 1862, ils ont une fille appelée Reine, et le 10 septembre 1867, un fils baptisé Léon Jean Meguirditch (qui signifie Baptiste), mon grand-père paternel.

Le canal de Suez

En 1854, Ferdinand de Lesseps se rend à Istanbul pour obtenir l'approbation du sultan avant de commencer la construction du canal de Suez. Et c’est sans doute là qu’il rencontre Balthazar Chenorkian, qui va lui servir d’interprète. La construction du canal dure de 1859 à 1869. Balthazar Chenorkian contracte le paludisme sur ce chantier très insalubre et décède en 1875.

Veuve à 42 ans, Sophie Angélique demeure à Istanbul.

La jeunesse de Jean Chenorkian

Jean Chenorkian poursuit un temps des études en Roumanie. Dans l’annuaire d’Istanbul de 1891, on trouve les noms d’Emmanuel et Jean Chenorkian, employés du Crédit Lyonnais.

Le 20 décembre 1895, Jean Chenorkian épouse Élise Djambas. Le père de cette jeune fille, Apik Djambazian (dit Apik Djambas) est un riche négociant arménien qui importe d’Europe divers objets précieux.

Les massacres hamidiens (1894-1896)

À la fin du XIXe siècle, les Arméniens revendiquaient une certaine autonomie. Mais la question arménienne était dépendante de la situation internationale. La Turquie craignait la perte de ses conquêtes, la Russie et les puissances occidentales n’étaient préoccupées que de leurs intérêts. Les Arméniens n’obtinrent que de vagues engagements.

Ils manifestèrent leur mécontentement, ce qui ne fit que durcir le comportement des Ottomans. Des massacres se produisirent, surtout en Anatolie. Entre 1894 et 1896, 200 à 250 000 Arméniens furent tués, un million d'entre eux furent dépouillés de leurs biens et quelques milliers convertis de force. Des centaines d'églises furent brûlées ou transformées en mosquées. Des massacres eurent lieu aussi à Istanbul, surtout en 1896, suite à une attaque de la Banque Ottomane par des révolutionnaires arméniens. Il y eut environ 7000 victimes. Pendant ces massacres, de nombreux Arméniens d’Istanbul, se précipitèrent dans les navires en partance pour Alexandrie, le Pirée ou Marseille. Dans cette foule se trouvaient Jean Chenorkian, son épouse Élise Djambas, et sa mère Sophie Kayser. Ils eurent la chance de pouvoir embarquer sur un bateau français qui les débarqua à Marseille.

Intégration et naturalisation

Jean Chenorkian, son épouse et sa mère s’installèrent à Paris, où se trouvait déjà Emmanuel, le frère aîné. C’est là que naquît, le 23 janvier 1897, leur première fille, Marie-Jeanne. Jean, d’abord remisier à la Bourse entra ensuite au Crédit Lyonnais, banque pour laquelle il travaillait déjà à Istanbul. En 1899, Jean Chenorkian obtint la nationalité française. Il opta dès lors pour une intégration entière. Il était fier d’être Français, il voulait l’être totalement, exclusivement.

Le séjour à Barcelone

Au printemps 1899, Jean Chenorkian est muté à l’agence de Barcelone du Crédit Lyonnais. Jean et Élise vont demeurer plusieurs années en Catalogne. Édouard, leur fils aîné, y naît en 1902. Barcelone est alors le centre d’une culture avant-gardiste. Antoni Gaudí y réalise notamment l’église de la Sagrada Família.

Alexandrie au début du XXe siècle

En 1907, Jean Chenorkian est muté au Crédit Lyonnais d’Alexandrie où il est bientôt nommé fondé de pouvoir. L’installation des Chenorkian, en Égypte ne fut pas difficile : le climat méditerranéen, la société cosmopolite - le dépaysement n’était pas grand par rapport à Constantinople. C’est là que naît, le 15 juillet, René, mon père.

La première guerre mondiale

À Alexandrie, en 1915, 50 000 hommes sont réunis, sous commandement britannique. Ils sont rejoints par des Français. Le 25 avril 1915, ils vont affronter les troupes turques dans les Dardanelles.

Le génocide arménien de 1915

En 1909, Le sultan Abdulhamid II avait été déposé par le mouvement dit des «Jeunes-Turcs», dont l’idéologie empruntait au nationalisme le plus étroit. Dès 1909, les Jeunes-Turcs multiplièrent les exactions contre les Arméniens. En 1913, à la suite de la guerre balkanique, l’Empire ottoman perdit la quasi totalité de ses possessions en Europe.

Lorsque la Grande Guerre éclata, les Jeunes-Turcs poussèrent le sultan Mehmed V à entrer dans le conflit, aux côtés des Puissances centrales (Allemagne et Autriche), contre la Russie et les Occidentaux. Mais les Turcs furent battus par les Russes, l'Empire ottoman fut envahi. Les Russes tentèrent de retourner en leur faveur les Arméniens de Turquie. Le 7 avril 1915, la ville de Van, à l'est de la Turquie, se souleva et proclama un gouvernement arménien autonome. Les Jeunes-Turcs profitèrent de l'occasion pour accomplir leur dessein d'éliminer la totalité des Arméniens. Ils procédèrent avec méthode et brutalité.

Le samedi 24 avril 1915 marque le début d'un génocide, le premier du XXe siècle, qui va faire environ un million et demi de victimes, soit plus des deux tiers de la population arménienne vivant dans l’empire ottoman.

Ce jour-là, sur l’ordre du ministre de l'Intérieur, Talaat Pacha, plusieurs centaines de notables arméniens d’Istanbul sont arrêtés, et parmi eux Apik Djambas. On ne les reverra jamais. Puis, ce sont les Arméniens de l'armée qui sont massacrés. C'est ensuite le tour des nombreuses populations arméniennes des provinces orientales.

Dans un premier temps, les agents du gouvernement rassemblent les hommes de moins de 20 ans et de plus de 45 ans et les éloignent de leur région natale pour leur faire accomplir des travaux épuisants. Beaucoup d'hommes sont aussi tués sur place. Dans les villages qui ont été quelques semaines plus tôt privés de leurs notables et de leurs jeunes gens, militaires et gendarmes ont toute facilité à réunir les femmes et les enfants. Ces malheureux sont déportés en longs convois vers le sud, vers Alep, ville de la Syrie ottomane. Un certain nombre de jeunes femmes ou d'adolescentes sont vendues comme esclaves ou converties de force à l'Islam.

Après les habitants des provinces orientales, vient le tour des autres Arméniens de l'empire. Ceux-là sont convoyés dans des wagons à bestiaux puis transférés dans des camps de concentration en zone désertique où ils ne tardent pas à succomber à leur tour.

De très nombreux témoignages de missionnaires, d’infirmières, de consuls, d’Arméniens survivants décrivent l’horreur de ces déportations et de ces massacres. La Turquie refuse encore aujourd’hui de reconnaître ce génocide. Pourtant, les déclarations de l’époque faites par des membres du gouvernement à des diplomates américains et allemands ne laissent aucun doute sur leurs intentions.

Alexandrie, adieu…

Revenons à la famille Chenorkian, qui avait vécu cette période bien à l’abri, à Alexandrie.

Jean Chenorkian rencontra un homme qui lui proposa une affaire mirobolante : une mine d’or au sud de Marrakech. Il démissionna du Crédit Lyonnais, abandonna son poste de fondé de pouvoir, son existence aisée de notable alexandrin, toute cette douceur de vivre. Il entraîna sa famille dans cette aventure. Il partit pour le Maroc le 15 décembre 1921. Son épouse et ses enfants le rejoignirent quelques mois plus tard. Ils ne quittèrent pas l’Égypte sans un grand déchirement.

Ainsi se termine cette communication, avec la promesse d’un prochain chapitre sur Casablanca, où je suis née, où Pierre est arrivé à l’âge de six ans et où nous avons vécu jusqu’en 1978… Promesse qui n’est toujours pas tenue…

Page mise à jour le 26/12/2020 à 22h16

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