L’AFFAIRE DU COURRIER DE LYON – SYNTHESE ET REFLEXIONS
Le 24 octobre 2024
François Chabanon
Sous le Directoire, après les années sanglantes de la Révolution, un évènement que l’on pourrait appeler de nos jours, fait divers a soulevé une vague d’émotion qui a peut-être permis que cette affaire soit encore connue en ce début du XXIe siècle apparaissant périodiquement dans les revues d’histoire.
Le 8 Floréal an IV (27 avril 1796), un fourgon transportant des sommes très importantes en assignats destinées à l’armée d’Italie est attaqué peu avant Melun par une bande de malfaiteurs qui tue sauvagement les deux convoyeurs et dérobent cet important butin.
Les auteurs sont rapidement identifiés dont un certain Joseph Lesurques qui sera condamné et exécuté avec les autres alors qu’il clamera jusqu’à la fin son innocence, prétendant avoir été condamné par erreur. Pendant toute une partie du XIXe siècle sa famille tentera sans succès d’établir son innocence.
Comme souvent dans ce type d’affaire, la vérité peine à s’affirmer. Mais aussi, le sensationnel, l’émotionnel se manifestent ; on bâtit une légende qui prend tellement de force qu’elle réussit parfois à éclipser la vérité. Encore de nos jours le sujet réapparait périodiquement sous forme de spectacles où l’on refait l’histoire bien entendu à la défense pourrait-on dire aussi à la gloire de Lesurques.
Certes la procédure qui a conduit aux condamnations n’est pas exempte d’erreurs sur les déclarations des coupables, l’interprétation des témoignages, les conflits de juridictions, les vices de procédure, les évasions de coupables plus ou moins organisées mais aussi l’intervention des membres du Directoire qui vont même jusqu’à décider la constitution d’une commission spéciale d’examen de l’affaire alors que le jugement a été rendu et confirmé par la Cour de Cassation.
Le Directoire est un gouvernement totalement impuissant à surmonter les conséquences désastreuses de la Révolution ; l’anarchie est totale et propice à ce genre de faits, les responsables politiques et hauts fonctionnaires sont en partie eux-mêmes corrompus. On laisse donc partir sans aucune protection policière ou militaire une « malle », c’est ainsi qu’on la désigne sans s’assurer qu’un passager est un des attaquants et meurtrier d’un des deux convoyeurs.
Sept têtes tomberont sous le couperet dans les années qui suivent : sept, peut-être une de trop, celle de Lesurques ? Mais notre homme est lié et partie prenante du complot puisqu’il est ami de certains des protagonistes et même participe au partage du butin. Des témoins, sûrs de le reconnaître le dénoncent, puis se rétractent puis à nouveau confirment leurs témoignages.
Condamner un innocent, est-ce possible ? Dans le doute il aurait fallu lui laisser la vie sauve. Quant aux vraies victimes, le postillon et le responsable de la malle, on s’émeut peu à leur égard bien qu’ils aient été sauvagement tués à coup de sable et de poignards.
Saura-t-on la vérité ?
En cette fin du XVIIIe siècle, la vie humaine compte peu. On vient de voir tomber aussi sous le couperet près de 17000 victimes de toutes origines sociales : aristocrates, bourgeois, gens du peuple, prêtres, pour la plupart innocentes sans compter tous ceux qui seront massacrés à Nantes, à Lyon, en Vendée et ailleurs, tout cela au nom de la liberté et de la République.