Conférence de Pierre Lemaître
Le 26 mars 2026 à la maison Falleur.
Jean Tétard, poète didactique
La découverte d’un petit opuscule déniché au Labo de Cambrai m’a interpellé en raison de son titre : « Un nouveau système solaire ». L’ouvrage de 45 pages écrit par Jean Tétard développe une théorie qui remet en cause les connaissances acquises depuis des siècles dans le domaine de l’astronomie. Mais, avant d’entrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de tracer une courte biographie du personnage pour en sonder un peu plus sa personnalité quelque peu fantasque.
Jean Tétard est né à Longvic, près de Dijon, le 15 novembre 1770, de Jean Tétard (laboureur) et Agathe Menelon. Il a fait des études assez sérieuses au collège de Dijon. Il est devenu receveur de l’enregistrement et des domaines (fonctionnaire qui reçoit les taxes indirectes). Il est d’abord nommé au Cateau en 1811. C’est là qu’il se mariera avec Marie Odile Parisis de Zevallos, 11ème enfant d’une famille de 14, et vivant dans une demeure bourgeoise de cette ville.
En 1815 il est muté à Mâcon, puis à Cambrai en 1818. Son érudition l’a conduit à être admis la même année dans la Société d’Emulation de Cambrai comme membre résidant. En la qualifiant d’ Académie de Cambrai » ! En raison d’une certaine compétence littéraire, il fit partie de la commission de poésie en 1820. Il écrira des poèmes et des textes teintés de morale, de religion et de politique antirévolutionnaire. Les titres des articles sont assez révélateurs : « Essai moral sur l’homme dans son rapport avec Dieu», « Discours polémique contre l’athéisme »… C’est en 1824 qu’il deviendra « membre correspondant » de la Société d’Emulation de Cambrai.
La Bedollière donne du personnage une image assez cocasse : « Jean Tétard est l’archétype de ce poète scientifique pieux, conservateur, voire réactionnaire, qui semble ulcéré autant par la révolution copernicienne que par le Révolution de 1789. Dans les deux cas, c’est un roi qu’on a détrôné, et c’est l’autorité divine qui s’en est trouvée bafouée. »
« Parlez-moi de ce petit vieillard aux cheveux poudrés, à la figure effilée, aux manières affables et mielleuses, qui a conservé presque en entier le costume des anciens jours, gilet à fleurs, culotte courte, bas de soie, souliers à boucles, et qu’on voit parfois rôder aux alentours du pont des Arts : voilà un catholique fervent. Il ne manque pas un office ; son bonnet de soie noire se distingue au milieu des têtes nues inclinées à l’instant de l’Élévation ; il se glorifie du titre de marguillier, et veille assidûment aux intérêts de la fabrique. Eh bien ! Ce dévot si zélé ne jure que par Jupiter, il ne connaît d’autres divinités que celles de l’Olympe, d’autre paradis que les Champs-Élysiens. Si vous lui parlez Satan, il vous répondra Pluton… C’est un poète classique.
1822 est une année funeste pour lui car son épouse, Marie-Odile de Zevallos, demande la séparation de corps et de biens. Le procès révélera un passé tourmenté sur le plan de la santé et doublé d’une évidente différence sociale entre les deux personnages.
Ainsi, en 1825, Jean Tétard présente à l’Académie des sciences son Système du monde (versifié) qu’il fait imprimer ensuite en 1830 et dont voici un court extrait qui démonte les découvertes précédentes :
« Newton, divin Newton, descends de ton autel !
Ton système s’écroule, et Franklin monte au ciel.
Ton louangeur n’est plus, le presqu’anglais Voltaire
Qui confondit l’esprit et l’inerte matière; »
…
« Non, le soleil n’est point un lourd globe de feu
Qui, de notre système, occupe le milieu :
Sur le point de l’espace où l’on dit qu’il rayonne,
Dans ce disque de feu que le ciel environne,
Tourne un globe habitable et planté de forêts »
Jean Tétard expose alors sa propre vision du système solaire à partir d’un texte écrit par le fils du célèbre Herschell.
La Terre et un « Globe », diamétralement opposés par rapport au Soleil, formeraient un nouveau système. L’astre imaginé aurait les mêmes caractéristiques que celles de la Terre, à la différence que les saisons et les signes zodiacaux seraient inversés. Le Soleil ne serait alors qu’une manifestation de l’interaction électrique entre les « éthers » (!) de chacun des deux astres. De plus les distances Terre-Soleil et Terre-Globe seraient divisées par 2 par rapport à la réalité.
Certes Jean Tétard avait une culture scientifique indéniable, mais ses exposés ne sont établis que sur des études théoriques non vérifiées et sur son imagination.
Jean TETARD décèdera le 25 juillet 1841 à Paris 10e arrondissement.