Séance solennelle 2024

Le dimanche 8 décembre 2024 à l’hôtel de ville de Cambrai

Accueil et Rapport d’activité par Pierre Lemaître – président.

SOCIETE D’EMULATION DE CAMBRAI

DISCOURS D’ACCUEIL

SEANCE SOLENNELLE DU 8 DÉCEMBRE 2024

En ce dimanche 8 décembre 2024, je déclare ouverte la séance solennelle de la Société d’Émulation de Cambrai et vous souhaite la bienvenue ! Merci pour votre présence !

Madame la 1ère adjointe au Maire, Monsieur le Ministre, Monseigneur, Monsieur le Sous-Préfet, Monsieur le directeur du musée de Cambrai, Mesdames et Messieurs les membres de la Société d’Emulation, Mesdames et Messieurs les membres de la Société des Poètes Français, Mesdames et Messieurs les musiciens, Mesdames, Messieurs.

Je voudrais tout d’abord excuser Monsieur le maire de Cambrai, François-Xavier Villain, actuellement en convalescence, et lui souhaiter de meilleurs moments. Je veux aussi lui exprimer tous les remerciements de la part de la Société d’Émulation pour l’accueil et les démarches qui nous ont permis d’être réunis aujourd’hui dans cette belle salle des fêtes et dans les meilleures conditions.

Notre séance solennelle se déroulera selon le programme suivant :

  • Après mon intervention qui évoquera la vie de notre Société,
  • Monsieur de Frias, directeur du musée de Cambrai, nous parlera de la vision qu’il a du musée tel qu’il l’envisage au cours du XXIème siècle. Je crois savoir qu’il nous surprendra !
  • Un petit ensemble de la Société Symphonique Cambrésienne interprètera ensuite trois morceaux :
    • – L’ouverture de Freischutz de Carla von Weber
    • – Deux mouvements du concerto RV120 d’Antonio Vivaldi.
  • Docteur Marc Nieuwjaer, administrateur de la Société des Poètes Français, remettra ensuite aux lauréats leurs diplômes, accompagnés de récompenses. Les auteurs présents (ou représentés) déclameront ensuite leurs textes.
  • En clôture de séance, un verre de l’amitié sera offert.

Depuis la dernière séance solennelle, la Société d’Emulation a vécu intensément. Mon discours comportera cinq parties : Les 220 ans de la SEC, les principaux événements, le fonctionnement, les activités et notre nouvelle installation.

La Société d’Emulation de Cambrai fête aujourd’hui ses 220 ans. Après avoir occupé à l’origine un local de l’hôtel de ville pendant 64 ans, la Société s’est déplacée vers la salle des concerts (46 ans), puis, provisoirement dans une salle de la Caisse d’Epargne (17 ans) à la suite de la Première Guerre. C’est de nouveau dans un autre local de l’hôtel de ville qu’elle a élu domicile (30 ans) avant d’intégrer une maison au 35 de la rue Saint-Georges (55 ans)  et enfin au 39 de la même rue depuis 2020, la maison Falleur.

Pendant plus de deux siècles, de 1804 à 2024, les membres de la Société ont publié le fruit de leurs recherches. La somme de connaissances sur Cambrai et le Cambrésis est ainsi devenue très importante et figure principalement dans 119 tomes ainsi que dans un grand nombre d’autres publications hors-séries. Notre collection, augmentée d’apports extérieurs, est donc très riche. Elle est accessible et consultable le jeudi matin ou sur rendez-vous.

A titre d’exemple je n’évoquerai que les deux derniers travaux : le tome 118, « Mémoire de Cambrai et du Cambrésis », et le tome 119, « Parler picard cambrésien », tous deux publiés récemment. Ils sont consultables et proposés à la vente au fond de cette salle.

  • Le premier, le tome 118, propose cent articles de deux pages chacun sur des sujets très variés, rédigés par 47 auteurs. L’ouvrage est le fruit d’un travail de toute une équipe qui a répondu au souhait de la Société d’Émulation de Cambrai de présenter de façon succincte et attractive des facettes originales de l’histoire de Cambrai et du Cambrésis. Le succès a été tel qu’il a fallu procéder à un deuxième tirage.
  • Le deuxième, le tome 119, rédigé par Gérard Leducq, recense plus de 3000 articles sur le « Parler picard cambrésien ». Chaque entrée est accompagnée de sa transcription phonétique et de son équivalent français, souvent aussi d’exemples d’emploi. Des références à d’autres lexiques cambrésiens (notamment Caudry, Rieux, Avesnes-les-Aubert) et hennuyers et plus largement à l’Atlas linguistique picard (ALPic) et à l’Atlas linguistique de la France (ALF) ont été intégrées .

Quels sont les principaux événements qui ont jalonné notre Société ? – 2ème point

J’évoquerai tout d’abord les membres qui nous ont quittés. En deux ans notre société a perdu cinq de ses membres : Annie Lefebvre, Gérard Nortier, Michel Mignot en 2022 et en 2023, Jean Doffe et Maurice Leveugle. Tous les cinq ont beaucoup apporté dans la connaissance de Cambrai et du Cambrésis. Des hommages leur ont été rendus dans le cadre de nos réunions ou des offices.

En revanche, depuis 2022, notre effectif s’est renforcé avec l’admission de quatre membres :

  • Monique Wiart Dewavrin, parrainée par Clotilde Herbert le 22 septembre 2022, nous fait bénéficier de sa grande connaissance de Cambrai et du Cambrésis et de son dévouement en collaboration efficace avec Clotilde.
  • Le docteur Doyer parrainé le 27 octobre 2022 par le docteur Joël Cliche, ouvre notre horizon grâce à une grande compétence sur la ville de Caudry et de ses environs,
  • Le docteur Marc Nieuwjaer, parrainé le 25 mai 2023 par Gérard Lenoble, nous exprime sa sensibilité dans le domaine de la poésie et sa connaissance de l’histoire de Villers-en-Cauchies en particulier.
  • Maître Jean-Marie Faugeroux, parrainé par Maître Jean-Jacques Taisne, le 28 mars 2024, nous fait apprécier ses capacités oratoires, son humour et surtout ses compétences sur Le Cateau et Matisse en particulier.

La tradition veut que la première réunion de l’année soit consacrée aux vœux formulés par le vice-président. Ces souhaits ont été déclamés le 25 janvier 2024, et avaient pour thème « Une balance romaine » eu égard à l’intérêt qu’a porté Gérard Lenoble, notre président d’alors, aux objets de l’Antiquité. Le discours a été émaillé de termes qui allient l’appareil de mesure et les valeurs de notre Société.

C’est au cours de cette cérémonie qu’a été réinstallé dans le salon jaune le luminaire restauré par Jean-Bernard Vogt dans l’atelier de Jean Wiart.

L’assemblée générale s’est déroulée le 25 avril 2024 et a eu pour particularité de ne pas élire de président, faute de candidats. C’est donc le vice-président qui, depuis, assure les fonctions, jusqu’à nouvel ordre.

Notre présence dans le Cambrésis a été effective en 2024 :

  • le 1er juin : au salon du livre de Villers-en-Cauchies.
  • le 7 septembre : au Forum des associations de Cambrai.
  • le 24 novembre : au Salon du livre de Caudry.

Elle sera représentée :

  • Au marché d’histoire locale à Escaudoeuvres – les 14 et 15 décembre 2024.

J’en viens au fonctionnement – 3ème point

Compte-tenu de l’évolution de la Société, sans cesse il faut remettre à jour l’annuaire des membres. Une courageuse équipe s’est attelée à la tâche de révision. Ce document liste l’ensemble des membres de la Société depuis 1804 et recense 482 membres. Il est aujourd’hui en cours d’impression.

Le site internet dont nous disposions s’est brutalement mis en « cessation de travail ». Nous en cherchons encore les raisons, mais plus pour longtemps car une refonte est envisagée avec l’idée de moderniser la charte graphique tout en intégrant de nouvelles fonctions.

La modernité nous conduit à revoir également notre mode de fonctionnement. Sans perdre pour autant les valeurs traditionnelles qui ont traversé plus de deux siècles nous construisons un modèle de fonctionnement qui prendra en compte les moyens modernes de communication.

Jean-Philippe Mafille assure désormais la fonction de régisseur de la maison. 

Des actions de recrutement de nouveaux membres, tant titulaires que correspondants, sont engagées afin de maintenir notre effectif à 40 membres, quota défini dans nos statuts.

Enfin un agenda 2024-2025 a été créé afin de mieux planifier nos actions futures.

Quelles sont nos activités et quels sont nos projets ? – 4ème point

A la suite du déménagement du 35 au 39 de la rue Saint-Georges, il a fallu ouvrir un premier gros chantier de classement des archives et de la bibliothèque et mettre en place un état précis des échanges avec les Sociétés savantes extérieures (réception d’ouvrages). Il en a fallu des bras pour transférer la masse d’ouvrages accumulés depuis plus de 200 ans. Bravo aux courageuses personnes qui ont donné de leur temps pour le succès de cette opération !

Le succès du tome 118 a conduit la Société à une ré-édition de 200 exemplaires.

Le 13 mai 2024, un de nos membres s’est proposé d’animer une initiation à l’utilisation de l’application Power Point, logiciel de présentation de diapositives. La formation à permis à des membres d’exploiter les connaissances acquises et mises en application dans leurs exposés. L’expérience sera renouvelée.

Le concours de poésie a mobilisé 47 auteurs qui ont écrit 104 poésies. C’est un succès ! Le docteur Marc Nieuwjaer, ici présent, animera cette dernière partie, après l’intermède musical. 

Tous les 2èmes vendredis du mois, le Conseil d’administration se réunit et fait l’objet d’un compte-rendu qui retrace le bilan des événements passés et définit le programme pour les périodes suivantes.

Les réunions mensuelles se déroulent les 4èmes jeudis du moisau cours desquelles sont données des informations suivies d’un exposé présenté par un de nos membres, point essentiel de nos activités.

Depuis 2022, et malgré l’invasion par le covid, plusieurs communications ont été présentées. Après l’assemblée générale du 20 avril 2023 les sujets furent très variés : « Les moines irlandais dans l’histoire » (Bernard Cuvillier), « Adam et Eve » (Jean-Marc Sautereau), « Le cardinal Dubois » (François Chabanon), « La fresque disparue de la chapelle de Notre Dame » (Pierre Lemaître), et « Charles Sorlin , capitaine de la Coloniale » (Gérard Leducq).

Et voici, plus en détail, les 6 dernières de cette année 2024 :

  • Le 22 février : « François Stanislas Cloëz » par Pierre Lemaître.
    • Après des études de pharmacie, ce savant né à Ors, s’est épanoui dans la recherche sur les propriétés chimiques des végétaux. Il est passé à la postérité puisqu’une variété d’Eucalyptus porte officiellement son nom : « l’eucalyptus cloeziana »
  • Le 28 mars : « Héroïsme en soutane » : par Pierre Lemaître.
    • L’abbé Blas, prêtre de Fontaine-Notre-Dame, a vécu la bataille de Cambrai en 1917 au contact du front. Son attitude auprès des habitants a été notoire au point que ses paroissiens ont voulu l’honorer en demandant au recteur de la cathédrale de le récompenser. Ce qu’il ne voulait pas … par modestie.
  • Le 30 mai: « André Piettre » : par Maître Jean Jacques Taisne ».
    • . Il est né à Caudry. Après avoir effectué ses études de droit, de lettres et sciences politiques à l’Université de Paris, il est docteur en droit et est reçu premier à l’agrégation de droit et de sciences économiques en 1936.
  • Le 27 juin : « Le parler du Cambrésis » par Gérard Leducq
    • Un riche vocabulaire sur le patois de Saint-Hilaire-lez-Cambrai… et des environs.
  • Le 26 septembre : « Le flambeau de la paix » : par Jean Wiart
    • D’après une maquette imaginée par les élèves de l’Ecole Supérieure d’Art de Cambrai, le flambeau est réalisé par Jean WIART, aussi maître serrurier.
  • Le 24 octobre : « Réflexions sur l’affaire du courrier de Lyon » par François Chabanon.
    • L’affaire du courrier de Lyon est une affaire criminelle française survenue à l’époque du gouvernement du Directoire qui régit la France depuis le 26 octobre 1795.

Travaux et équipements – 5ème et dernier point

La maison Falleur est devenue le siège de plusieurs associations soucieuses de faire connaître l’histoire et le patrimoine de Cambrai et du Cambrésis. Outre la « Société d’Emulation de Cambrai », elle accueille « Les Amis du Cambrésis », « L’ASPEC », « Recherche de Fénelon » et « Cambrésis Terre d’Histoire ».

Sur ce point la municipalité de Cambrai a fourni de gros efforts pour permettre aux adhérents de se réunir et de présenter les sujets étudiés par chacun, dans les meilleures conditions. En outre, le couloir a été repeint et ré électrifié. La salle de réunion dite « salon jaune » est à la disposition de toutes les associations occupantes. La grande pièce à l’étage,en cours de restauration, accueillera les conférenciers et leurs publics. Il ne reste que le problème du chauffage !

Les présidents des associations accueillies remercient vivement Monsieur le Maire et le Personnel Municipal ainsi que le docteur Joël Cliche pour les nombreuses interventions. Je ne manquerai pas de leur faire savoir tout le bénéfice que les sociétés d’histoire locale du Cambrésis ont tiré des installations dans les locaux de la maison Falleur. Qu’ils soient ici, à nouveau, vivement remerciés !

Jean Wiart est en train de forger deux chiffres, un « 3 » et un « 9 » pour former le nombre 39 qui est le numéro de rue de la maison Falleur. Ils seront posés sur le linteau de la porte d’entrée.

Je terminerai mes propos par une petite anecdote qui fera sourire un collègue qui me prête souvent l’intention de ne jamais perdre une occasion de parler de Louis Blériot. Je lui donne raison sur ce sujet et en profite pour l’évoquer une nouvelle fois. Après le décès de son conjoint, une dame de Sin-le-Noble nous a fait don d’une splendide maquette du Blériot XI, œuvre de son mari, collectionneur passionné de son vivant. Cette dame nous a remis cet objet qui, désormais, est juché sur une de nos bibliothèques, prêt à décoller vers de nouvelles aventures… Nul doute que cet élan nous conduira vers de magnifiques découvertes cambrésiennes !

Un grand merci pour votre écoute !

Il me reste à laisser la parole à Monsieur de Frias, directeur du musée de Cambrai, à qui j’adresse, au nom de tous mes collègues, des remerciements les plus vifs.

Pierre Lemaître, Président, le 8 décembre 2024

Exposé de M de Frias, directeur du musée de Cambrai sur l’évolution du musée de Cambrai et perspectives

Un Musée au XXIe siècle a-t-il encore du sens ?

Les musées sont-ils en train de mourir ? Face à une société qui évolue à un rythme effréné, où l’immédiateté et la surabondance d’images dominent, de nombreux musées semblent peiner à se réinventer. Trop souvent, ils restent figés dans des modèles hérités du XIXe siècle, incapables de répondre aux attentes d’un public nouveau ou, au contraire, partent dans une fuite en avant cherchant à plaire au public et aux commanditaires au risque de perdre leur identité.

Depuis leur apparition, les musées ont évolué au gré des changements sociaux, politiques et culturels, devenant des institutions emblématiques de la préservation et de la transmission du patrimoine. Mais quelle place doivent-ils occuper réellement dans notre société contemporaine ?

Cette conférence a permis de revenir sur les origines historiques et philosophiques des musées pour mieux comprendre les enjeux actuels de leur existence. En s’appuyant sur l’histoire des collections, l’évolution des politiques patrimoniales et les débats sur le rôle du musée dans nos sociétés, elle a abordé les défis auxquels font face les musées aujourd’hui. C’est dans ce contexte que la réflexion se prolongera par une exploration des possibles futurs, avec un focus particulier sur le Musée de Cambrai qui est, en ce moment même, en train de rédiger son projet d’établissement.

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Les débats récents sur ce qu’est un musée illustrent parfaitement cette problématique. En 2019, certains muséologues ont voulu transformer la définition de 1974 en : « Les musées sont des lieux de démocratisation inclusifs et polyphoniques, dédiés au dialogue critique sur les passés et les futurs. Reconnaissant et abordant les conflits et les défis du présent, ils sont les dépositaires d’artefacts et de spécimens pour la société. Ils sauvegardent des mémoires diverses pour les générations futures et garantissent l’égalité des droits et l’égalité d’accès au patrimoine pour tous les peuples. ». Est-ce dans un verbiage hors sol que se trouve l’avenir des musées ?

À l’inverse d’un courant important qui tend à privilégier les approches numériques ou purement pédagogique, le Musée de Cambrai affirme avec conviction la primauté de l’objet. Il revendique sa mission fondamentale : offrir une rencontre directe et intime avec des objets réels, porteurs d’histoire et de sens. Le musée est avant tout un espace où le visiteur peut ressentir la matérialité et la singularité de chaque œuvre, en percevoir la présence physique et l’impact émotionnel. Cette démarche met en valeur l’objet dans sa pleine authenticité.

Mais cette rencontre n’est pas évidente. Les « codes » des musées, les cadres de savoirs ne sont plus maitrisés et la découverte des œuvres des musées se retrouve perturbée par l’absence de méthode de lecture d’images chez les visiteurs. Ces derniers, souvent dépourvus des codes traditionnels de l’interprétation artistique et iconographique (mythologie, art religieux….), peuvent se sentir déroutés face aux œuvres exposées. Ces différents éléments occasionnent une gêne chez les visiteurs et un éloignement progressif entre les visiteurs et le musée. Celui-ci est alors considéré comme un loisir élitiste.

Il est donc impératif de reconnaître cette réalité et d’adapter nos institutions pour les rendre plus accessibles et compréhensibles au grand public. Depuis plusieurs années, le Musée de Cambrai privilégie des expositions pédagogiques visant à émanciper le visiteur en lui donnant les clefs de lecture et d’interprétation des œuvres et objets présentés au Musée. Ainsi, l’exposition S’est-on déjà brulé ? permettait aux visiteurs de mieux comprendre le rôle de la lumière dans les œuvres, tandis que l’exposition Ensemble posait directement des questions sur la reproductibilité des œuvres ou sur la place du regard des spectateurs sur une œuvre d’art.

Le Musée de Cambrai souhaite donc faciliter l’accès à la richesse de nos collections par la découverte de la lecture d’œuvre et une explication explicite de ces « codes » pour permettre à tous d’être des visiteurs conscients. Ainsi, dans le cadre du PSC, le musée souhaite consacrer différents espaces à l’apprentissage du Musée lui-même. Des thèmes comme la lecture d’image, la composition picturale, l’iconographie seront traités à partir d’œuvres réelles. Cette approche irriguera les différentes médiations offertes par le musée, que ce soit la présentation, la médiation écrite ou la médiation orale. Le Musée portera donc une attention particulière à donner les clefs aux visiteurs et à fournir aux visiteurs les grands corpus iconographiques, les impacts des matériaux choisis…. A titre d’exemple, je ne peux que citer le festival Jeune public 2024. Nous avons créé, à cette occasion, des outils qui permettent aux familles, directement et en autonomie, de se poser des questions sur la composition des œuvres, les couleurs choisies….

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Face aux défis contemporains, il est impératif que les musées s’interrogent sur leur raison d’être : être des lieux de rencontre avec l’objet, porteurs de sens et de mémoire. L’objet, dans sa matérialité, reste une clé essentielle pour comprendre le passé, questionner le présent et imaginer l’avenir. Toutefois, il ne suffit pas de le préserver dans une vitrine : le musée doit devenir un véritable espace de vie. L’accès du musée ne doit pas enfermer le visiteur dans une visite précontrainte par une forme imposée qui n’aura pour seul résultat de faire fuir les visiteurs. A notre époque où les musées sont les seuls lieux possibles de confrontation à l’œuvre d’art, le musée possède une responsabilité importante, un rôle social fort.

Le Musée de Cambrai, à travers sa démarche, incarne cette volonté de retrouver ce qu’il considère comme le juste équilibre entre l’objet et le public. En offrant un espace où l’histoire se présente au contact de ses habitants, le musée ne se contente pas d’être un sanctuaire du passé, mais devient un acteur de la construction du futur. C’est ainsi que, loin de se dissoudre dans une époque de l’éphémère, le musée peut se réinventer et revendiquer une place essentielle dans la société contemporaine.

Intermède musical

Concours de poésie – Marc Nieuwjaer

Chers amis en poésie,

Avant toute chose, je tiens à remercier, au nom de la ville de Cambrai, de sa Société d’Émulation et des membres de son jury, ainsi que de la Société des Poètes Français, tous les participants, nombreux, à notre concours. Nous avons reçu 103 poèmes, provenant de 44 auteurs dispersés à travers le monde, de France évidemment, mais aussi de Roumanie, du Cameroun et même d’Argentine. Inutile de vous dire que le choix n’a pas été facile, tellement la qualité des textes était au rendez-vous et qu’il a donné lieu à d’âpres discussions lors de la délibération du jury, d’autant qu’il ne pouvait être retenu qu’un seul lauréat par catégorie, au nombre de 3 :

Adultes en langue française ;

Langue picarde ;

Jeunesse en langue française, de 12 à 18 ans révolus.

         Il va sans dire que nul n’a démérité et que tous peuvent être fiers des émotions qu’ils ont su partager avec les membres de notre jury.

         Je voudrais cependant rappeler que, comme toute discipline ou tout art, l’écriture poétique s’apprend. Elle est gérée par des règles, la prosodie, que tout concours sérieux se veut de voir appliquer, car rimer plus ou moins bien ne suffit pas pour écrire un poème classique ou néoclassique. Marier ensemble des mots qui n’ont, réunis, aucune signification, ne s’appelle pas non plus et ne s’appellera jamais « écrire de la poésie », que ce soit en poésie libre ou même libérée. Évidemment les règles grammaticales et syntaxiques qui gèrent notre belle langue française sont toutes d’application ! Enfin, qui dit poésie dit partage, ce qui signifie que le lecteur doit pouvoir comprendre le sujet abordé en des termes clairs pour chacun. Voilà pourquoi la Société des Poètes Français a voulu rééditer en 2022, à l’occasion de ses 120 ans, l’ouvrage culte que fut et qu’est toujours « L’art des Vers » d’Auguste Dorchain (poète cambrésien, 1er président de la Société des Poètes Français en 1902, ami des Rosati d’Arras et membre d’honneur de la Société d’Émulation de Cambrai en 1926).

         Pour mémoire, la Société des Poètes Français a été fondée en 1902 par 3 parnassiens, José-Maria de Heredia, Sully Prudhomme et Léon Dierx, en hommage à Victor Hugo, à l’occasion du centenaire de sa naissance. Elle a pour but de promouvoir la langue française dans sa forme poétique, de rendre hommage à ses auteurs et de découvrir de nouveaux talents, notamment grâce à ses concours régionaux et internationaux annuels, à destination des adultes et de la jeunesse.

         Nous allons maintenant procéder à la remise des prix avec les félicitations de la ville de Cambrai, de sa Société d’Émulation, des membres de son jury, et de la Société des Poètes Français (je vous rappelle que notre concours s’est déroulé dans l’anonymat le plus complet) :

Le Prix Lemaire de Harveng dans sa catégorie Adultes en langue française revient à Madame Monique-Marie IHRY, demeurant à Allègre en Haute-Loire. Madame IHRY a fait des études de Droit et de Lettres. Elle a exercé les fonctions de rédactrice et d’enseignante pendant de nombreuses années. Elle est poète, illustratrice, auteure de plus d’une cinquantaine d’ouvrages, dont 23 recueils de poésie, de 3 romans, d’un ouvrage de littérature jeunesse, traductrice (espagnol français) de 19 ouvrages et co-auteure d’un dictionnaire. Elle a par ailleurs été invitée d’honneur dans plusieurs salons du livre internationaux, notamment en Espagne et en Tunisie. Sa poésie est traduite en arabe, en espagnol et en occitan.

Dans ses poèmes intimistes et romantiques, elle évoque l’amour, la passion, la mort, la guerre et milite pour la paix.

Elle fait partie de la Société des Poètes Français et a été récompensée par de nombreux grands prix de poésie.

Ne pouvant être présente aujourd’hui, elle nous prie de bien vouloir l’excuser et nous remercie chaleureusement de son prix.

C’est Clotilde qui va nous lire son poème néoclassique de 6 strophes en alexandrins et rimes embrassées, intitulé « Délices » …

         Le Prix Lemaire de Harveng dans sa catégorie Langue picarde revient à Monsieur Nicolas MINAIR, demeurant à Marly dans le Nord.  Nicolas est professeur des écoles en maternelle et primaire, professeur intervenant en Picard. Il écrit donc dans les deux langues et fait de la traduction. Trouvère des temps modernes, il se définit comme un « Poète-marcheur », emmenant volontiers son public de plus en plus nombreux au cœur de ses contrées de prédilection des Hauts de France, mais aussi de la Belgique toute proche, dans ce plat pays qui est le sien, pour y déclamer ses vers, en toute simplicité, mais aussi ceux de ses maîtres auxquels il rend souvent hommage. Il « marche en pèlerin, les yeux rivés sur le paysage » source de toutes ses inspirations. Il anime également des ateliers d’écriture poétique auprès d’un public scolaire et adulte.

Il est membre correspondant de la Société des Poètes Français pour le Valenciennois et membre de l’ADAN, l’association des Auteurs du Nord.

Il a publié 7 recueils de poésie en langue française dont celui intitulé « Traversées », a reçu le prix Lucie Delarue-Mardrus 2023 de la Société des Poètes Français. Il vient d’obtenir le 2ème Prix François FROMENT Catégorie langue picarde des ROSATI d’ARRAS pour son poème « Jules Mousseron », une poésie libre doublement couronnée aujourd’hui qu’il va se faire un plaisir de nous lire…

Le Prix Lemaire de Harveng dans sa catégorie Jeunesse en langue française, de 12 à 18 ans révolus, revient à Sidoine LEPOIVRE, demeurant à Duisans dans le Pas-de-Calais. Sidoine est né le 14/08/2012, il est en classe de 5ème et vous allez voir qu’il pourrait sans rougir nous déclamer ces 2 vers de Pierre Corneille, si cher à notre ami Auguste Dorchain, lorsqu’il fait dire à Rodrigue dans Le Cid :

« Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées,

  La valeur n’attend point le nombre des années ».

Sidoine aime la nature, les origamis, la photo animalière, et bien sûr, la poésie. Il lui arrive souvent de disparaître soudainement, se rendant dehors ou dans sa chambre en lançant : « Je vais écrire un poème », puis de reparaître une demi-heure ou une heure plus tard en disant : « Ça y est, j’ai fini ! » Il aime écrire de la poésie mais pas que… Il a aussi écrit une BD en plusieurs « volumes », de façon « artisanale : « Minette et les maîtres impitoyables » ainsi qu’un début de roman dont il n’a écrit que quelques pages, mais rien ne presse…

Il a participé au concours de poésie de la médiathèque de Noyelles-Godault et de l’association Interlignes sur le thème de l’automne, à l’occasion de leur salon du livre et a obtenu le 1er prix dans la catégorie Jeunesse pour son poème « Vent d’automne ». Il a également participé à l’appel à textes sur le pain de la Maison de la Poésie des Hauts de France et a proposé son poème « La ronde des pains ».

Sidoine aime aussi chanter et je me suis laissé dire qu’il chante bien, pratique le tennis de table depuis quelques années et y compris en compétition.

Un jeune garçon, bien dans sa tête, et dans ses baskets qui va nous réciter son poème, Eh oui ! Nous réciter « Le grand chêne », une poésie libre…

Je vais maintenant clôturer cette remise des prix en citant les 4 candidats dont les poèmes remarqués seront proposés au Concours International de Poésie Jeunesse 2024-2025 de la Société des Poètes Français :

Sidoine LEPOIVRE pour « Le grand chêne » évidemment ;

Léa LAROCHE, 13 ans, de Choques dans le Pas-de-Calais, en classe de 4ème à Béthune, pour son poème « Les vacances d’été », une poésie classique de forme fixe appelée Rondel ;

Axel LEPLU, 15 ans, de Lestrem dans le Pas-de-Calais, en classe de seconde à Béthune, pour son poème « Souvenir d’un jour », une poésie libre ;

Inès PELLICANI-LOPEZ, 12 ans, de Toulon, en classe de 5ème, pour son poème « L’aigle et le singe », une fable de forme libre.

Il ne me reste plus qu’à inviter tous les participants à notre concours à venir retirer l’ouvrage offert par la Société d’Émulation et toutes et tous à partager le pot de l’amitié.

Marc Nieuwjaer, le 08/12/2024

Verre de l’amitié