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Les histoires de famille font partie de l'histoire 1

Le 24 novembre 2013

Colette et Pierre Lebecq

Première Partie

Nous avons fait connaissance, ce soir, avec un personnage passionnant, Aurore Estrach, grand-mère maternelle de Colette Chenorkian, notre collègue, épouse de Pierre Lebecq.

Tout part d’une rédaction écrite par le fils aîné de Colette, Xavier. Pour cela, il a interrogé son arrière-grand-mère et enregistré ses réponses. À partir de cet enregistrement, Colette et Pierre ont réalisé une brochure enrichie de nombreux documents.

Aurore, lors de cet entretien, parle de son père Narcisse avec tendresse et respect. Elle ne l’embrassait pas et le vouvoyait. Il en était ainsi en cette fin du 19e siècle à Cassà de la Selva, petite ville au Nord de la Catalogne. Narcisse avait reçu une solide éducation chez les frères des Écoles Chrétiennes où il avait appris le français.

Il était bouchonnier comme de nombreux artisans de Cassà de la Selva. N’oublions pas que le chêne-liège est partout présent dans les pays du bassin méditerranéen, en particulier en Espagne et au Portugal.

C’est alors que notre ami Pierre se lance dans l’une de ses dissertations dont il a le secret, étudiant dans le détail les différentes étapes du travail du liège, du premier écorçage à la naissance du bouchon lavé et paraffiné.

Puis Colette reprend la parole pour signaler qu’en 1896, son arrière-grand-père Narcisse et Dolorès son épouse partent pour Reims dans le but d’apprendre la technique de la fabrication du bouchon de champagne.

C’est en essayant de retrouver leurs traces dans les archives de la Marne que Pierre et Colette ont découvert la présence en Champagne d’une importante communauté catalane, surtout à Reims et à Épernay. Ils ont constitué un fichier de 364 familles, comprenant des marchands, des fabricants, des ouvriers, qui permet de se faire une idée de l’activité bouchonnière entre 1830 et 1930. On trouve aussi des bouchonniers catalans dans toutes nos régions viticoles.

Il reste de nos jours à Reims, une seule société d’origine catalane, la société Oller et Cie, fondée à Épernay en 1892. Elle est la seule à fabriquer des bouchons.

De plus, dès 1872, certains viticulteurs ont voulu élaborer en Catalogne, un vin mousseux semblable au Champagne. Il connait un certain essor durant la Grande Guerre. C’est le « Cava » (nom donné en 1957, suite à un procès qui interdit l’appellation de “Champagne“).

Après cet exposé richement documenté Colette revient à Narcisse Estrach. Arrivé à Reims en 1896 il y reste un an car Dolorès n’y était pas heureuse. C’est le retour à Cassà de la Selva après un bref séjour à Paris. Narcisse y crée une bouchonnerie (avec son beau-frère Salvio Avelli). Il a une fille Aurore en 1899.

En 1905, Narcisse tente de s’installer en Algérie, à Oran, avec son oncle Zenon Avelli, lui aussi bouchonnier, mais ses affaires périclitent.

En 1911, la famille Estrach décide de tenter une nouvelle aventure, au Maroc, à Casablanca.

Ainsi l’histoire particulière d’une famille est replacée dans son contexte historique. Car il ne s’agit pas, pour Pierre et Colette, de s’en tenir à une évocation personnelle. Il est important de replacer les histoires familiales dans leur environnement socio-économique, et de les rattacher à l’Histoire, avec un grand H, dans laquelle elles se situent.

Seconde partie : Aurore à Casablanca

Aurore la grand’mère de Colette, arrive donc à Casablanca en 1911. Elle y restera 70 ans !

Dans cette seconde communication, Colette et Pierre nous font entrer de plain-pied dans le Casablanca du début du 20e siècle. Cité ancienne (d’abord appelée Anfa), elle est attestée dès le 11e siècle. Elle devient vite le centre d’un commerce actif mais aussi un nid de corsaires !

Au milieu du 15e siècle les Portugais la détruisent, mais en 1770 le sultan Sidi Mohamed ben Abdallah ordonne le relèvement des murs, fait construire une mosquée et une médersa (école coranique). Elle prend le nom de Casa Branca (pour les Portugais) ou Casablanca (pour les Espagnols). Ce dernier nom sera retenu par les Français.

À la fin du 18ème siècle, la ville fait son entrée dans le commerce international (notamment celui des grains). Ce commerce devient de plus en plus actif (laine et céréales) jusqu’à dépasser celui de Tanger en 1906. La population augmente (700 habitants en 1836, 25 000 en 1907). Il y a de plus en plus d’Européens, la France nomme un vice consul en 1865.

Qu’il serait intéressant de dominer le Maroc ! L’Allemagne de Guillaume II qui possède peu de colonies s’inquiète des manœuvres de la France visant à imposer sa prédominance. La conférence d’Algésiras en 1906 ne rassure pas l’Allemagne : les grandes puissances mandatent la France et l’Espagne pour s’occuper des affaires politiques, fiscales et financières du Maroc, une sorte de protectorat international avec prépondérance française.

La France entreprend alors des travaux d’aménagement du port de Casablanca. Le 30 juillet 1907, des tribus voisines massacrent neuf ouvriers européens. En représailles, un navire de guerre est envoyé et les marins français débarquent à Casablanca le 5 août 1907. L’occupation du Maroc commence. Le traité de Fès organisant le Protectorat sera signé le 30 mars 1912.

Suit une description minutieuse de la ville au début du 20ème siècle. À l’intérieur des murailles, il y a trois quartiers, la Médina (avec les consulats et les comptoirs européens), le Tnaker (quartier populaire avec maisons en pisé et huttes en torchis), le Mellah (quartier israélite). La ville compte en 1913 environ 60 000 habitants.

Aurore, la grand-mère de Colette, relate son arrivée en 1911 et les retrouvailles avec son père bouchonnier dans un fondouk (caravansérail). Elle décrit les difficiles conditions de vie de sa famille, elle décrit aussi la ville, toutes les jolies choses que l’on pouvait s’y procurer. Les militaires étaient nombreux (spahis).

Mais nous n’échapperons pas au problème du liège. Il fallait s’approvisionner pour fabriquer les bouchons.

Il y avait des chênes-lièges au Nord-est de Rabat (la forêt de la Mamora, qui est la première forêt de chêne-liège au monde). Mais y aller présentait un risque (du fait de la résistance des populations hostiles à la colonisation). Narcisse en trouvait un peu sur la plage provenant des filets de pêcheurs. mais c’était un travail pénible, car le sable et le sel imprégnaient ce liège

En 1915, il y eut à Casablanca une exposition chargée de mettre en valeur les produits du Maroc, dont le liège de la forêt de la Mamora. Narcisse Estrach était alors le seul bouchonnier de Casablanca. C’est pourquoi on lui proposa, à la fin de l’exposition, de racheter le stock de liège qui avait été exposé. Il put enfin travailler une matière première de bonne qualité.

Pierre et Colette continuent de raconter l’histoire de la famille Estrach. En 1916, Aurore épouse un andalou nommé Miguel Lopez. Ils ont deux enfants, Gracia (mère de Colette) en 1917, et Narcisse en 1919. Miguel Lopez mourut en 1946. Aurore s’installera à Nice avec sa fille et son gendre en 1981. Elle y décèdera le 17 octobre 1991.

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