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Séance solennelle 2021

SEANCE SOLENNELLE DU 21 NOVEMBRE 2021 -

- Discours d'ouverture

- Exposé de Monseigneur Dollmann

- Concours de poésies

Discours d'ouverture

Monseigneur,

Dans la conclusion de sa conférence, prononcée lors de notre séance solennelle du 14 décembre 1975, Mgr Jenny, évoquant les successeurs de Mgr de Bryas au siège de Cambrai, nous disait :

« Fénelon fut son digne successeur, comme lui, archevêque pendant 20 ans. Mais, s’il devait le surpasser en prestige, en popularité, en science théologique, en vertu pastorale, il était comme son prédécesseur, et je l’espère ses successeurs, le signe de la présence et de la vitalité de l’Eglise à Cambrai. Des illustres évêques de cette longue histoire, gardons le souvenir pour le bien de notre vieille, chère et illustre cité cambrésienne, à laquelle nous sommes tous fiers d’appartenir ».

Nous n’en sommes pas encore, Monseigneur à garder votre souvenir puisqu’il y a peu de temps que vous êtes parmi nous mais vous vous êtes inscrit dans cette longue liste qui est bien antérieure à la création de notre société puisqu’elle commence il y a à peu près un millénaire et demi avec St Vaast et St Géry. Aujourd’hui, nous sommes très honorés que vous ayez accepté de présider notre séance solennelle comme l’ont fait si volontiers vos prédécesseurs et de prononcer la conférence. Vous en avez gracieusement admis le principe et la perspective et nous vous en remercions bien vivement.

Monsieur le Sous-préfet,

Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir ce soir dans cette magnifique salle d’honneur de l’hôtel de ville aimablement prêtée par la municipalité et je ne saurais trop remercier ici Monsieur François-Xavier Villain maire de Cambrai et l’ensemble du Conseil municipal de l’attention qui nous est portée depuis la création de notre société il y a maintenant 217 ans: sollicitude qui s’est traduite l’an dernier par notre réinstallation dans les murs plus accueillants de la belle maison Falleur sur laquelle je vais revenir dans quelques instants.

De plus, vous avez tous remarqué que nous sommes environnés par l’histoire ce qui correspond tout à fait à nos activités. (référence à l’exposition De Gaulle en cours dans le salon d’honneur)

Après une année exécrable et mémorable sur le plan sanitaire et sur le plan des relations sociales, espérons que cette prochaine année 2022 sera moins éprouvante.

Je dois ici vous présenter les excuses de quelques invités membres d’honneur de notre société qui n’ont pu se joindre à nous:

Monsieur Jean-Marc SAUVE, vice-président honoraire du Conseil d’Etat,

Madame Meyer, présidente du tribunal judiciaire de Cambrai ainsi que

Monsieur Schwartz, Procureur de la République de Cambrai

Mais aussi nos collègues et amis que l’âge, l’état de santé, les handicaps ou l’éloignement géographique n’ont pas permis de participer à nos activités depuis quelques temps : Jean Doffe, Colette et Pierre Lebecq Maurice Leveugle, Bernard Machut, Gérard Nortier.

Louis Tillet, qui semble en bonne santé, est encore retenu malgré lui quelques temps dans la Cordillère des Andes, par ses activités de direction d’orchestre mais compte revenir d’ici peu parmi nous. /

Il est toujours aussi ingrat de présenter un rapport officiel, que fastidieux de l’écouter. Aussi je sollicite de votre part un peu d’indulgence pour celui qui doit aujourd’hui assumer ce devoir. D’avance, je vous en remercie mais je constate avec plaisir l’intérêt que vous nous portez tous par votre présence et beaucoup d’entre vous, même par votre fidélité.

En effet comme nos statuts et l’usage le prévoient, il m’appartient de dresser le bilan de la vie de notre société depuis notre dernière assemblée solennelle qui comme vous vous en souvenez s’était tenue au théâtre le 2 décembre 2018 sous la présidence de M. Thierry Hegay, sous-préfet de Cambrai.

Je commencerai donc par honorer brièvement nos anciens membres titulaires qui nous ont quittés depuis cette date:

Le Dr Bernard Meurisse le 5 avril 2019 à l’âge de 92 ans.

Avec le Dr Briffaut, il était celui de nos contemporains qui avait été le plus fidèle à notre société. Après avoir effectué ses études de médecine à Paris, il était revenu exercer à Cambrai comme médecin généraliste et spécialiste des voies digestives. Certains d’entre nous l’ont bien connu et louaient sa gentillesse.

Sa fidélité à notre société fut telle ; qu’il aura connu 6 présidents depuis le chanoine Thelliez sous la présidence duquel il avait été admis le 13 novembre 1966.

M. Pierre Legeay s’est éteint ce lundi 20 mai 2019 également à l’âge de 92 ans. Il était notre doyen d’âge. Pierre Legeay était entré parmi nous en effet le 23 novembre 1971 –le même jour que le chanoine Pierre De Vos- notre société étant à l’époque sous la présidence du Dr Duminil.

Assidu à toutes nos réunions, tout le monde appréciait sa convivialité, son humour et son esprit de répartie, parfois caustique. Son intérêt pour toutes les activités culturelles, historiques et musicales cambrésiennes était tel qu’il y entraînait ses proches, lors de leurs séjours cambrésiens. Mais un jour l’âge et la santé éloignent malgré eux, les plus fidèles de nos membres. Ayant été admis à la maison de retraite St Jean-Marie Vianney, il continuait de suivre nos activités et il se faisait lire par les siens avec attention nos derniers tomes de mémoires.

Michel Lefebvre, lui aussi nous a quitté le 12 décembre 2019. Natif de Tilloy, on peut dire que sa vie fut consacrée aux autres ; à sa sortie de l’Ecole normale il était revenu s’installer dans le Cambrésis où il exerça les fonctions de directeur d’école dans plusieurs communes de l’arrondissement. Il se consacra aux jeunes et à l’éducation populaire. Sa passion fut l’histoire locale et il est l’auteur des monographies de plusieurs villages du Cambrésis ainsi que d’une très intéressante étude sur la loge Thémis de Cambrai depuis ses origines. Michel Lefebvre était évidemment prédestiné à avoir sa place parmi nous. Il y fut admis le 26 septembre 2000. Il fut fondateur avec notre ami Bernard Machut de l’association Camerix et participa à de nombreuses recherches archéologiques. Comme cela est arrivé aussi pour lui, l’âge lui a apporté son contingent de douleurs et de handicaps. Ne pouvant plus participer activement à nos travaux, il demanda en 2012 à devenir membre correspondant. Il ne cessa de s’intéresser aux activités de notre société comme je l’avais constaté lors d’une des dernières visites que je lui avais rendues.

Enfin, nous avons dû voir partir aussi avec peine ce 18 avril le chanoine Michel Dussart. Entré parmi nous en 1986, parrainé par le chanoine De Vos, il aura marqué comme un certain nombre de prêtres l’histoire de notre société pendant ces 35 années de présence parmi nous. Son œuvre reste gravée dans nos tomes de mémoires. Il eut à cœur de participer activement jusqu’au bout à nos travaux. Chaleureux, inventif et dynamique, ses connaissances approfondies dans de nombreux domaines : liturgiques, théologiques, géographiques, historiques et dans le domaine de l’art lui avaient permis de coordonner la réalisation de remarquables tomes de nos mémoires tels que « Mémoire de Cambrai » à l’occasion du bicentenaire de notre société en 2004, puis « Visages de Fénelon » en 2015 pour le tricentenaire de la mort de notre illustre archevêque sans oublier son étude détaillée du tableau de Rubens de l’église Saint Géry. Atteint depuis quelques années en raison de son âge avancé par de nombreuses affections qui le condamnaient à subir des soins multiples et à des séjours hospitaliers pénibles il n’en gardait pas moins un vif intérêt pour nos activités et nous prodiguait toujours des conseils avisés. Son image dans nos mémoires personnelles ne s’éteindra pas de sitôt.

Notre société a accueilli comme membre titulaire M. Bernard Cuvillier, ancien professeur d’anglais du lycée St Luc, ancien président de l’ASPEC, animateur du Cercle d’histoire locale de l’Université du temps libre de Cambrai, fin connaisseur des relations franco-polonaises à Cambrai et dans le nord de la France dont il a récemment dressé un tableau exhaustif il y a quelques temps à l’occasion du centenaire de l’arrivée massive de nos voisins européens après la 1ere guerre mondiale.

M. Jean Wiart vient d’être reçu aussi parmi nous récemment. Qui ne connait à Cambrai cet orfèvre ingénieux qui manie les métaux avec une dextérité insoupçonnée et conçoit de magnifiques ouvrages d’art ? Si chacun connait au moins de nom la statue de la liberté de New York, lui, la connait intimement si je peux me permettre cette expression. Mais il a aussi, comme vous le savez, conçu la flamme de la victoire de 1918 à Cambrai.

Nous avons aussi admis parmi nous en une seule fois et c’est la première depuis la création de notre institution deux femmes : Mesdames Corinne Florin et Bernadette Flahaut ce qui contribue à contredire ceux qui seraient tentés de taxer de misogynie notre société. Il faut reconnaître que nous avons attendu 185 ans pour accueillir en 1989 Mlle Térouanne. Ces jours derniers, ce sont MM. Jacques Bougenière de Quiévy et Michel Casiez de Busigny qui nous ont rejoints pour participer à nos activités.

Enfin nous avons vu revenir parmi nous avec plaisir M. Jean-Philippe Mafille que les contraintes de la fonction publique avaient éloigné de Cambrai pendant de nombreuses années.

Je dois vous dire à cet égard que ces 3 derniers confrères que je viens de citer ont bien voulu se dévouer et se prêter aux exigences de la règlementation en vigueur car ce sont eux qui ont dû vous contrôler lors de votre entrée dans la salle faute de quoi notre assemblée n’aurait pas pu se tenir. Qu’ils en soient vivement remerciés.

Comme vous vous en doutez, Mesdames et Messieurs, pour la 1ere fois depuis sans doute très longtemps, nos activités ont dû s’arrêter en raison de l’épidémie de la covid-19 et des mesures de confinement et de restriction des déplacements qu’elle a entraînés. Bien sûr, il y a eu, tant en France que dans le monde, -soyons en conscients- des conséquences bien plus graves que ces annulations de rencontres, mais en ce qui nous concerne, les activités de notre association s’en sont trouvées fort ralenties. Toutefois, et parfois un peu clandestinement pendant la période de confinement, il faut l’avouer, nous avons poursuivi discrètement le déménagement de notre bibliothèque et de nos archives et leur réinstallation dans nos meubles anciens restaurés et dans du mobilier récent plus sécurisé et plus fonctionnel. Ces nouvelles dispositions permettront d’accueillir, j’espère et c’est déjà le cas, des chercheurs venant consulter notre important fonds documentaire. Pendant le même temps, certains d’entre nous ne sont pas restés inactifs et ont tenté tant bien que mal de poursuivre leurs recherches malgré tous les obstacles : Fonds patrimoniaux du labo fermés, restrictions d’accès et véritable parcours du combattant aux Archives départementales du Nord mais aussi au Service historique de la Défense au château de Vincennes et ailleurs, dans les archives communales locales … Nos collègues ne se sont pas découragés et nos prochains tomes de mémoires, rassurez-vous, contiendront je n’en doute pas les fruits de leurs patientes recherches. Notre société a continué de vivre tant bien que mal et nous avons dû plusieurs fois nous résoudre à tenir nos réunions de bureau en vidéo-conférence. Nous avons dû aussi reporter d’un an notre traditionnelle séance solennelle.

Une nouvelle fois, vous découvrirez dans le tome 117 de nos mémoires qui est paru dans le courant de l’année mais qui vous sera proposé à la sortie si vous n’y avez déjà procédé en arrivant, le récit d’évènements cambrésiens et aussi extérieurs à notre région mais tellement passionnants que vous aurez du mal à vous en extraire. Ainsi, vous y découvrirez un grand panorama de l’histoire de la musique à Cambrai que l’on doit à notre ami Louis Tillet, depuis les temps les plus reculés mais aussi des noms prestigieux comme Guillaume du Faÿ, Josquin des prés, Jean Leleu, Jean Célestin Tingry et plus récemment le chanoine Edmond Dartus, maître de chapelle à la cathédrale que beaucoup d’entre vous ont connu. Inutile de rappeler que ces deux derniers furent des nôtres-et des membres éminents- à la Société d’émulation. Sujet plus souriant, M. Bernard Delmaire, professeur à l’université de Lille et membre correspondant de notre société vous fera revivre la place que tenaient les filles de joie à Cambrai au XVIe siècle. Enfin ne pouvant être exhaustif pour garder un peu de suspense et pour ne pas abuser de votre patience, je ne citerai pour terminer, que la très récente étude qui fut présentée lors d’une séance en octobre 2019 au sujet de la découverte d’un crâne qu’on avait supposé un moment pouvoir appartenir à St Géry en raison du lieu et des circonstances de sa découverte à la fin du XIXe siècle; hélas tout comme le linceul de Turin n’est certainement pas celui du Christ, le crâne n’a pu être celui de notre saint évêque selon les examens très poussés avec les techniques les plus avancées auquel nous l’avions soumis à un laboratoire de Pologne.

En novembre 2019, comme je l’avais annoncé lors de notre précédente séance solennelle nous avons fait éditer l’annuaire de nos membres titulaires depuis l’origine de notre société. Des lacunes n’ont pu être évitées et révèlent l’insuffisance d’informations sur des membres anciens. Les moyens modernes de stockage d’information que nous avons à notre disposition maintenant nous permettront de compléter en permanence ce travail et d’actualiser une prochaine année cet annuaire dont la diffusion fut volontairement limitée mais qui constitue un complément utile au tome 108 de nos mémoires « Mémoire de Cambrai » publié, en 2004 et que je viens de citer dans l’éloge de Michel Dussart puisqu’il en fut le coordonnateur.

Nous avions entrepris en 2017, l’actualisation du dictionnaire d’Eugène Bouly dont je vous avais également parlé la dernière fois. Mais cet important travail avance très lentement en raison des multiples recherches qu’il exige. Il nous faudra probablement plusieurs années encore pour aboutir à la sortie d’un supplément indispensable, l’édition actuelle comme vous le savez remonte à 1854.

Par contre, nous avons réalisé cette année une plaquette de présentation de notre Société d’émulation pour nous faire mieux connaître du public cambrésien et développer ainsi nos relations extérieures. Elle est à votre disposition à l’entrée de la salle.

Notre site internet voit une progression significative de ses visites grâce à sa rénovation et fait intéressant, de la part de visiteurs anglophones. Nous nous en réjouissons et nous nous y adaptons le mieux possible.

Nous suivons de près toutes les initiatives de recherches récentes : ainsi une étudiante en architecture, Mlle Elise Baudry a réalisé un mémoire très intéressant sur Laurent Fortier, architecte, né à Cambrai en 1867, membre titulaire de notre société d’émulation, très peu connu des cambrésiens mais qui a participé à la conception et à la réalisation de plusieurs bâtiments notoires lors de la reconstruction de la ville après la guerre de 1914-1918. De même un jeune professeur d’histoire de l’université d’Artois, M. Cyril Clerbout, membre correspondant de notre compagnie a soutenu récemment une thèse intitulée « L’abbaye du Saint-Sépulcre de Cambrai aux XVIIe et XVIIIe siècle : pouvoirs et relations d’une abbaye urbaine »

Nous entretenons toujours d’excellentes relations avec Mme Caroline Biencourt, archiviste diocésaine et avec des sociétés savantes dans le Nord et le Pas de Calais mais aussi dans toute la France, en Suisse et en Belgique avec lesquelles nous échangeons nos publications : Caen, Toulouse, Poitiers, Strasbourg, Chambéry, Neufchâtel, Mons pour ne citer que celles-là. Notre bibliothèque dispose ainsi d’un fonds très important d’ouvrages récents mais d’autres aussi très anciens, souvent admiré, parfois convoité.

Ce fonds très important, nous le devons aux nombreux dons de la part de nos membres et d’autres généreux donateurs : particuliers et institutions ainsi qu’à quelques achats auxquels nous procédons en permanence. En effet, les dates ne concordant pas exactement, il nous était impossible de fêter aujourd’hui le centenaire de la « renaissance » de notre société qui s’est concrétisé par la séance solennelle du 19 décembre 1920 sous la présidence d’honneur de M. Garin, maire de Cambrai.

Nous avions tout perdu : nos meubles, notre bibliothèque et nos archives partis en fumée dans le grand incendie de l’ancien hôpital St Julien allumé par l’occupant. Tout était anéanti, plusieurs de nos membres morts, comme le capitaine Sautai tué à l’ennemi dans la Marne en 1915, d’autres évacués et non encore revenus.

La 1ere de nos séances ordinaires s’est tenue le 8 juillet 1919 : 10 membres seulement avaient pu être présents. Le président Morand résume alors l’état d’âme de notre compagnie : « Ah ! Messieurs –dit-il-, la certitude que la richesse morale de notre Société n’a rien perdu de sa valeur ni de sa force, m’est indispensable, car je vois en elle le seul bien qui nous reste ». En effet, (pour oser un mauvais jeu de mots) notre société renait de ses cendres ; elle connaîtra d’autres épreuves très dures. Il ne m’appartient pas ici de retracer l’historique de notre société ce qui serait un peu ennuyeux mais sachez que nous avons toujours tenu et assumé nos missions. Aujourd’hui, nous nous réinstallons –dans un contexte moins mouvementé- dans une partie de ce que l’on appelle la maison Falleur, précédemment occupée par les services de la médiathèque après avoir vécu 55 ans dans l’immeuble voisin au-dessus de la bibliothèque des enfants. Et nous venons d’accueillir notre 478e membre titulaire.

J'en ai terminé, je donne maintenant la parole à Mgr Dollmann. Je vous remercie de votre attention.

Le président remercie Mgr Dollmann de la présentation de la cathédrale et donne la parole à Madame Clotilde Herbert et à Monsieur Dominique Solau qui ont mené pour la 1ere fois les travaux du jury du traditionnel concours de poésies que nous organisons depuis de très nombreuses années et qui présentent les lauréats. Ceux-ci donnent lecture de leur œuvre et sont chaleureusement applaudis.

La séance étant terminée, les participants sont invités à partager un rafraichissement gracieusement offert par la ville de Cambrai et bien sûr, à aller prendre connaissance du nouveau tome 117.

Exposé de Monseigneur Dollmann

Eloge de la Cathédrale Notre-Dame-de- Grâce

Introduction

La Cathédrale, signe et chemin de la fraternité que Dieu offre à l’humanité Le 22 octobre dernier, au soir d’un jour ordinaire de la semaine, un nombre significatif de personnes était réuni pour l’inauguration du monument sépulcral de Mgr François Van der Burch placé dans une des chapelles du déambulatoire de la Cathédrale. La veille, j’avais déjà été témoin de l’attachement des habitants de la région à la Cathédrale, en échangeant avec des usagers du train qui attendaient comme moi le train en retard. De plus la participation des représentants de la ville, de l’Etat, d’entreprises et d’associations soulignait le rôle singulier de la Cathédrale comme stimulant et soutien du travail de collaboration si nécessaire pour la cohésion sociale et la fraternité entre les hommes.

La Cathédrale est ainsi cet édifice emblématique vers lequel convergent les regards quelques soient les engagements religieux ou politiques. Permettez-moi de vous parler de la Cathédrale à laquelle je suis attaché comme croyant, comme évêque et comme habitant de la région. Comme chrétien, la Cathédrale est d’abord la Maison de Dieu, comme évêque, elle est également l’église où j’enseigne et préside les grandes célébrations, l’église où je serai normalement enterré. Comme habitant du Nord, la Cathédrale est également la Maison du Peuple où il peut élever son âme et affermir son unité. I.

La Cathédrale comme toute église est d’abord la Maison de Dieu

Elle est le lieu où la communauté chrétienne se réunit pour prier et célébrer les sacrements, notamment l’eucharistie et le pardon. Comme dans toute église, ce qui est central dans une Cathédrale c’est l’autel où le sacrifice eucharistique est célébré et l’ambon où la Parole de Dieu est proclamée. Le jour de son inauguration, l’autel est oint avec le Saint-Chrême, l’huile consacrée par l’évêque 2 dans la semaine sainte. L’autel consacré signifie alors la présence du Christ qui est à la fois, l’autel, la victime et le prêtre. De même, est béni l’ambon qui signifie la présence du Christ Verbe fait chair, Parole qui éclaire les cœurs et les intelligences.

Monseigneur François Garnier, mon prédécesseur dès le début de son épiscopat a demandé à Goudji sculpteur et orfèvre français d'origine géorgienne, de réaliser un nouveau mobilier liturgique. C’est ainsi que la cathédrale possède un autel, un ambon et une cathèdre en marbre, décorés d’objets d’orfèvrerie. L’ensemble s’inscrit dans la plus grande tradition de l’art religieux et atteste que l’expérience religieuse contemporaine demeure une source d’inspiration artistique. La Cathédrale de Cambrai sert également d’église paroissiale et vit ainsi au rythme à la fois hebdomadaire des messes du dimanche et annuel des fêtes liturgiques d’un Avent à l’autre. Comme dans les autres églises de la ville, les étapes de la vie y sont célébrées du baptême aux funérailles. Même si les chiffres ne disent pas tout du dynamisme d’une communauté, il y a en moyenne 500 célébrations par an. Il y a plus de quarante bénévoles sous la responsabilité d’une équipe de prêtres. Ils sont investis dans différents domaines qui vont de l’entretien et du nettoyage jusqu’à l’accueil et à l’animation des offices. Lieu de célébration, la Cathédrale offre également un havre de paix et de silence.

Grâce au soutien de la ville qui met une personne à disposition aux côtés de bénévoles, elle demeure ouverte chaque jour. Les personnes qui assurent l’accueil et la surveillance, ainsi que les prêtres qui se tiennent à disposition pour un entretien spirituel ou le sacrement de la confession, sont témoins d’une fréquentation quoique modeste mais continuelle. Avant la pandémie du covid, on comptait une moyenne de 15 mille visiteurs par an. Ce qui fait de la Cathédrale, le monument religieux le plus visité dans le diocèse qui regroupe les arrondissements du Cambrésis, de l’Avesnois, du Valenciennois et du Douaisis. Moi-même quand je suis arrivé pour la première fois en voiture depuis Strasbourg en juin 2018, j’ai été attiré par le clocher surplombé de la statue de la Vierge Marie.

En entrant dans la Cathédrale, j’ai d’abord été interpelé par une personne adulte qui cherchait à être confirmée. Très vite, une personne à l’accueil s’était présentée à la fois pour renseigner la personne et pour me montrer le chemin vers l’archevêché. L’attention à garder la Cathédrale ouverte et accueillante est un encouragement aux autres paroisses du diocèse. En mai dernier, à la fin de la visite pastorale dans les Marches du Hainaut, j’écrivais ainsi : « J’encourage là où c’est possible à maintenir les églises ouvertes et même à ouvrir celles qui ne le sont pas. La sécurité des églises est assurée si elles sont ouvertes et fréquentées, et non si elles restent fermées et délaissées ! Ce sont d’abord des lieux de prière personnelle et ecclésiale. L’attention à la beauté et à la propreté du lieu participe à l’évangélisation des cœurs ». Si la Cathédrale comme toute église est la maison de Dieu, le lieu qui veut permettre l’accès et la rencontre de Dieu, elle l’est d’une manière unique par le fait d’avoir été à l’origine une abbatiale dédiée au Saint-Sépulcre. Dès le 11ème siècle, des moines bénédictins célébraient quotidiennement l’eucharistie et la Liturgie des Heures et centraient leur prière sur le cœur de la foi : la mort et la résurrection du Christ. Les grisailles du 18ème siècle sur la Passion du Christ que l’on peut admirer dans le croisillon nord, permettent aux visiteurs du 21ème siècle de se laisser interpeller par la foi qui a animé la prière et la vie de communauté de ces moines durant sept siècles, jusqu’à la Révolution française. En 1896, la Cathédrale sera érigée par le Pape Léon XIII en basilique mineure. Elle est ainsi rattachée à la Basilique Sainte-Marie Majeure de Rome et reconnue comme un insigne lieu de pèlerinage à la Vierge Marie, vénérée sous le vocable de Notre-Dame-de-Grâce. Loin de détourner le croyant de la foi au Christ, la Vierge Marie permet de l’approfondir et d’expérimenter à sa suite la fécondité d’une foi humble et vivante. Le Vénérable Cardinal François-Xavier Thuan qui avait connu les geôles vietnamiennes de 1975 à 1988, écrivait : « Notre Mère Marie, c’est l’Evangile en livre de poche, en édition populaire, plus accessible encore que la vie des saints » (« 365 jours d’espérance » Sarment, éd. Du Jubilé 2005, p 797).

II. La Cathédrale est l’église de l’évêque

Maison de Dieu comme toute église, La Cathédrale néanmoins possède seule la cathèdre, d’où son nom, qui est le siège de l’évêque. La cathèdre symbolise la charge de l’évêque d’enseigner et de conduire le Peuple que Dieu lui a confié. Il poursuit la mission du Christ venu révéler le vrai visage de Dieu et conduire le peuple vers Lui. Pour pouvoir y répondre, l’évêque reçoit par le sacrement de 4 l’ordination, l’Esprit du Christ Tête et Pasteur de l’Eglise, comme l’affirme la prière d’ordination. Alors que l’ordinand est à genoux sous l’évangéliaire ouvert au-dessus de sa tête, l’ensemble des évêques présents, les mains étendues, disent « Dieu et Père de Jésus-Christ notre Seigneur… répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit souverain que tu as donné à ton Fils bien-aimé Jésus Christ, l’Esprit qu’il a lui-même communiqué aux saints Apôtres qui établirent l’Eglise en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton Nom ».

Si Mgr Henri Jenny, originaire de Fourmies (né à Tourcoing), est le dernier évêque à avoir été ordonné dans la Cathédrale en 1959, le 16 mai dernier, de nombreux habitants du diocèse ont été témoins directement en la Cathédrale de Moulins ou à travers le site du diocèse, des différents rites qui ont fait du Cambrésien Marc Beaumont, le 13ème évêque de Moulins dans l’Allier. La Cathédrale est le lieu où s’exprime la profondeur et l’ampleur du ministère épiscopal. C’est là qu’il préside aux grandes célébrations de l’année liturgique dont le sommet est le Triduum pascal, les trois jours saints, du jeudi saint au dimanche de Pâques. C’est là qu’il enseigne et célèbre les sacrements tout au long de l’année selon ses disponibilités. Ces différentes célébrations dans la Cathédrale manifestent d’une manière visible et concrète que la communauté chrétienne unie à un évêque constitue l’Eglise voulue par le Christ. L’évêque est en effet le ministre de tout ce dont l’Eglise a besoin : l’Evangile, les sacrements et les ministères. On peut ainsi dire comme saint Paul dans ses lettres aux différentes communautés, que l’Eglise de Dieu est établie là où les baptisés unis à leur évêque vivent et témoignent de l’Evangile. L’Eglise de Cambrai est en fait un raccourci qui signifie l’Eglise de Dieu, établie à Cambrai. Il est vrai que la situation excentrée de la ville de Cambrai par rapport au territoire du diocèse ne favorise pas l’attachement affectif et effectif de ses habitants à la Cathédrale.

Heureusement que les moments importants de la vie diocésaine y sont célébrés. Je pense à l’ordination de prêtres ; j’ai eu la joie depuis mon arrivée en 2018, d’ordonner chaque année un prêtre. Je pense encore aux funérailles de l’évêque. Les deux derniers, Mgr Jacques Delaporte et Mgr François Garnier sont morts dans l’exercice de leur ministère. Pour Mgr Delaporte, cela fait aujourd’hui 22 ans qu’il est décédé alors qu’il effectuait un pèlerinage en Terre Sainte avec ses prêtres. La mort de Mgr Garnier le 15 août 2018, reste bien présente à notre mémoire. J’ai pu présider les différents 5 rites de la liturgie : l’accueil de son corps dans sa Cathédrale, la veillée mortuaire, la fermeture du cercueil, la célébration de la messe des funérailles et finalement la descente du cercueil dans la crypte des évêques. Toutes ces étapes qui sont bien maintenues dans notre région, ont été vécues avec une belle assistance et dans un climat de ferveur. Comme événement diocésain célébré dans la Cathédrale, je pense encore à mon accueil officiel le 25 novembre 2018. Entre la réception à l’hôtel de ville et la messe solennelle au Palais des Grottes, avait été prévue une halte à la Cathédrale avec l’accueil par le recteur et les chanoines, la vénération de la croix, les temps de prière successivement devant l’autel, l’icône de Notre Dame et la tombe de mes prédécesseurs. Pour affermir encore mieux cet attachement des habitants du diocèse à leur Cathédrale, j’ai demandé que la Messe chrismale où est notamment consacré le Saint-Chrême pour les baptêmes, les confirmations et les ordinations de prêtres y soit célébrée tous les deux ans, en alternance avec une grande église dans le diocèse. De même, j’insiste pour que des groupes retrouvent la tradition de pèlerinages vers la Cathédrale. Une des belles réussites fut le pèlerinage des pères de famille organisé par le Service diocésain de la pastorale des familles en juillet dernier. J’ai ainsi eu la joie d’accompagner plus d’une soixantaine de pères de famille originaires de la région qui ont fait le chemin à pied de Le Quesnoy à Cambrai en s’arrêtant pour la nuit à Solesmes. Nous avons vécu une expérience de fraternité et de prière dont étaient témoins les familles et les paroissiens qui nous ont rejoints pour la messe de clôture à la Cathédrale et pour le temps convivial dans la cour de l’archevêché.

Pour ma part, j’en suis sorti fortifié dans ma mission d’évêque et renouvelé dans mon espérance pour l’Eglise diocésaine. Monseigneur Alexis-Armand Charost, premier évêque du diocèse de Lille créé en 1913 sur une partie du territoire du diocèse de Cambrai, avait lui aussi à travailler pour établir un lien spirituel entre les habitants et la nouvelle Cathédrale NotreDame de la Treille. Dans sa lettre pastorale de 1920, il en approfondissait ainsi les fondements théologiques : « C’est dans la cathédrale, église mère et normale des églises paroissiales […] que la règle et la tradition purement suivies doivent donner au diocèse l’unité de la prière publique, complément de l’unité de foi et de baptême ». Pour signifier ce lien de filiation entre la Cathédrale et les églises du diocèse, les membres du Chapitre ont comme mission première la prière quotidienne pour le diocèse. Ces dernières années, les chanoines étaient choisis plutôt parmi les prêtres aînés qui peuvent plus facilement dégager du temps pour 6 l’oraison. Afin de mieux concrétiser leur autre mission de conseillers de l’évêque, j’ai élargi le choix à des prêtres plus jeunes et nommé chanoines l’an dernier, le recteur de la Cathédrale et les deux vicaires généraux. Au début de l’Octave précédant Noël, le 17 décembre prochain au cours de l’eucharistie, j’accueillerai comme nouveaux membres du Chapitre, le Père Christophe Decherf, vicaire général et le Père Gérard Duhaubois, confesseur à la Cathédrale.

III. La cathédrale est l’église du Peuple qui est dans le Nord de la France

La Cathédrale, église de l’évêque où l’Evangile est annoncé et où les sacrements sont célébrés, est plus largement encore l’église du Peuple enraciné dans une région. Qui fréquente la Cathédrale ? Des personnes d’origine sociale voire religieuse très diverse. Elles assistent aux grandes célébrations ou viennent la visiter, y prier. Dans notre région marquée par des situations de pauvreté, je me réjouis que les personnes dans des situations de précarité et de fragilité y trouvent leur place. Lors de mes premières fêtes de Pâques à la Cathédrale, j’avais interpellé un jeune homme à la sortie de la messe, il s’était avancé au moment de la communion, sans prendre le Corps du Christ. Je voulais savoir pourquoi. Les proches m’ont répondu qu’il avait un handicap psychique. Mais lui me montrait une Bible qu’il aimait lire et exprimait son désir de faire sa première communion. J’ai présidé la célébration pour sa première communion et l’ai confirmé quelque temps après. Il est aujourd’hui engagé dans le groupe des servants d’autel et entraîne ses parents à s’ouvrir au trésor de la vie chrétienne. La Cathédrale, pèlerinage à Notre-Dame-de-Grâce attire encore à elle des personnes qui sont loin de la tradition chrétienne ou issues d’autres religions. Elles trouvent dans le silence de la Cathédrale auprès de l’icône de la Vierge Marie, le réconfort et le soutien du Ciel pour faire face aux difficultés de la vie. Un des commerçants de la ville de religion musulmane me remet régulièrement une offrande pour que j’allume un cierge devant l’icône de la Vierge Marie et prie pour sa famille.

Dans une société où l’individualisme et le consumérisme sont rois, il est beau de voir que la Vierge Marie, figure de l’humilité devant Dieu et de la joie du service peut rapprocher les cœurs de Dieu et du prochain. Eglise du Peuple, la Cathédrale l’est encore parce qu’elle est témoin de la riche et parfois douloureuse Histoire des derniers siècles marqués par l’industrialisation 7 mais aussi les deux guerres mondiales. Les deux cents ans depuis l’érection de l’abbatiale du Saint-Sépulcre en cathédrale renvoient notamment à la relation très particulière entre l’Eglise et l’Etat et plus largement à la place des chrétiens dans la société. L’enseignement du Christ sur la condition de disciple pourrait se résumer par l’affirmation, «il est dans le monde, tout en n’étant pas du monde » (Cf Jn 15,19). La Cathédrale est témoin de cette place singulière des chrétiens dans la société, celle-ci peut conduire à des situations de tensions. Pour le diocèse de Cambrai, ce fut notamment le cas lors de la période de la Terreur à la fin du 18ème siècle et lors de la confiscation des biens à la suite de la Loi de séparation en 1905. En 1794, un tribunal révolutionnaire est installé à Cambrai par Joseph Le Bon, représentant zélé du Comité de salut public. Il enverra plusieurs centaines de personnes à l’échafaud, parmi elles, quatre religieuses des Filles de la Charité. Reconnues martyres de la foi, elles ont été béatifiées en 1920 par le Pape Benoit XV. Le vitrail de style art déco, à gauche de l’entrée principale de la Cathédrale, évoque leur martyre et permet aux chrétiens d’implorer leur soutien, notamment le 23 octobre où l’Eglise fête leur mémoire. Deux ans plus tard, le destin de la Cathédrale gothique partagera le sort des victimes de la haine de la religion puisqu’elle sera vendue en 1796 et servira de carrière de pierres.

Durant une autre période, celle de la confiscation des biens de l’Eglise prévue par la Loi de séparation en 1905, la cathédrale est le théâtre de scènes de violences. Le 22 février 1906, Mgr Alphonse Sonnois s’y étant retranché avec des centaines de fidèles bravant les sommations, l’assaut est donné. Dans la bousculade, l’archevêque tombe évanoui. Aujourd’hui, dans une société traversée par les idéologies du matérialisme et du relativisme, l’enseignement et l’engagement de l’Église sont contestés notamment en ce qui concerne le respect de toute personne humaine et à toute étape de sa vie, de sa conception au seuil de sa mort. Ce qui est en jeu, c’est le regard même que pose l’Église au nom de l’Evangile sur l’être humain. Il y a un véritable débat anthropologique qui met l’Église en tension avec l’approche postmoderne. A côté de ces tensions voire de conflits entre l’Eglise d’une part et les pouvoirs civils et les courants de pensée de l’autre, les liens n’ont en réalité jamais été rompus et tendent toujours vers une collaboration constructive pour le bien des 8 habitants. La Constitution pastorale de l’Eglise dans le monde Gaudium et Spes du Concile Vatican II résume cela ainsi : « Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. L’homme, en effet, n’est pas limité aux seuls horizons terrestres, mais vivant dans l’histoire humaine, il conserve intégralement sa vocation éternelle » (GS n.76). Ce sont à des moments douloureux de l’Histoire que se manifestent encore davantage ces rôles spécifiques et complémentaires de l’Eglise et de la société civile. Lors de dernières guerres mondiales, l’Eglise à Cambrai a ainsi montré la force de sa résistance spirituelle face au déferlement de la violence et de la haine. La première guerre mondiale était particulièrement éprouvante jusqu’aux dernières semaines avant l’armistice. Les mois de septembre et d’octobre 1918 ont été marqués par d’instances bombardements alliés. Quand les Cambrésiens qui avaient évacué leur ville sont revenus après la signature de l’armistice, ils ont découvert une Cathédrale très endommagée : une large brèche dans le clocher et une voûte abimée ; un seul vitrail a subsisté, celui qu’on peut encore voir sur le bas-côté sud évoquant le siège de Cambrai par les Hongrois en 958. Durant les années d’occupation de 1914 à 1918, les autorités allemandes ont accepté la poursuite du culte à la Cathédrale. Mgr Chollet y a non seulement développé une intense vie de prière, mais a tenu de nombreuses conférences pour maintenir vivantes la liberté intérieure et la foi des habitants. En défenseur courageux de la Cité, malgré les mises en garde et les vexations des autorités en place, Mgr Chollet a eu l’audace de faire parvenir un Mémoire de protestation à l’empereur allemand Guillaume II en 1916. Prenant appui sur la Convention de la Haye, l’Archevêque exposait entre autres le pillage des usines, les perquisitions continuelles et arbitraires chez les habitants, ou encore la levée forcée des hommes pour des travaux de guerre, parfois sous la ligne de feu.

En période de paix, la Cathédrale reste le lieu emblématique de la collaboration. Durant le 19ème siècle, l’incendie de 1859 a retardé mais jamais interrompue les travaux d’embellissement et d’agrandissement de la Cathédrale. Le clocher dont la construction est achevée en 1877 est le signe le plus spectaculaire de ces efforts consentis entre le diocèse, la région et l’Etat. Avec la mise en place de la statue de la Vierge Marie de 3,5 mètres, il culmine à près de 70 mètres. Est venue 9 l’apothéose de ces efforts consentis avec le couronnement en 1894 de l’image de Notre-Dame de Grâce octroyé par le Pape Léon XIII qui en reconnaissait le rayonnement pour l’Eglise universelle. Près de 100 mille personnes convergeront vers Cambrai pour assister aux célébrations. Dans le prolongement de la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, la Cathédrale deviendra propriété de l’Etat. Relevant du ministère de la Culture selon le décret Fallières de 1912, elle sera affectée au culte sous la responsabilité civile de l’évêque ou du recteur nommé par lui. La collaboration se remet en place et se poursuit en ce 21ème siècle. Malgré les aléas des différentes crises économiques depuis les années 1980 et malgré la pandémie récente, des projets ont ainsi abouti, l’aménagement du chœur et la consécration d’un nouvel autel en lien avec la Réforme liturgique de Paul VI, et plus récemment la mise place du monument sépulcral de Mgr Van der Burch, issu de l’ancienne Cathédrale gothique. Il reste maintenant le lancement des travaux de nettoyage et de restauration intérieurs. L’octroi de 1,1 million d'euros dans le cadre du fonds de relance des régions débloqué par le Gouvernement a abouti à un phasage de travaux qui pourrait commencer dès le début de l’année prochaine. L’intérêt suscité dans les médias locaux et porté par les instances liées à la Cathédrale, notamment la Garde d’Honneur et l’Association pour sa sauvegarde et son rayonnement, est partagé largement par les habitants de Cambrai et de la région. Les travaux dans une cathédrale rappellent que le développement ne peut se limiter à l’accumulation des biens, mais doit intégrer la réalité humaine et spirituelle qui est constitutive de la personne.

La Vierge Marie qui du haut du clocher veille sur la ville et le diocèse est le plus beau signe d’espérance et un appel pressant à ne pas oublier la transcendance et l’unicité de la personne, fondement de sa dignité. La Cathédrale comme Maison du Peuple et donc témoin de son Histoire renvoie le croyant et le citoyen, l’Eglise et l’autorité civile à leurs responsabilités. L’Eglise a comme mission d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus le Fils de Dieu, celle de célébrer les sacrements qui permettent au Christ de poursuivre son œuvre et enfin celle de servir l’humanité notamment les plus nécessiteux à la lumière de l’Evangile. Quant à l’État, il doit veiller au bien commun matériel et spirituel du peuple, lui garantir le libre exercice du culte et la liberté de conscience dont fait partie la liberté religieuse. 10

Conclusion

La Cathédrale fait de l’Histoire des peuples un pèlerinage vers la Cité de Dieu

La fête de la dédicace qui célèbre l’anniversaire de la consécration d’une église est la plus importante des fêtes pour le calendrier des saints. La dédicace de la Cathédrale prime sur le dimanche dans l’ensemble du diocèse. Pour Cambrai, la date est fixée au 12 mai, elle renvoie à la fin des travaux d’aménagement au 19 ème siècle et à la consécration de l’autel le 12 mai 1894. Ce jour était l’occasion de réjouissances populaires appelées ducasse dans notre région. Il se trouve que trois jours après, c’est également la fête de Notre-Dame de Grâce en souvenir du couronnement de l’icône en 1894. Le renouvellement de l’équipe des prêtres sur la ville avec la nomination il y a deux ans d’un recteur, le Père Eric Boutrouille a permis de rehausser les fêtes en cette période de mai. Pour l’année 2022, le Père Horacio Brito, Missionnaire de l’Immaculée Conception et Chapelain du Sanctuaire de Lourdes assurera la prédication de la neuvaine de préparation à la fête de Notre-Dame de Grâce. De même la nomination du Père Venceslas Deblock chargé de la culture, permet de susciter l’engagement de personnes d’origine diverse pour travailler à des projets culturels et religieux en parallèle aux travaux de rénovation. Il y a trois ans, le 25 novembre 2018, lors de mon accueil officiel comme archevêque de Cambrai, je terminais mon discours ici dans cet hôtel de ville en évoquant la devise de la République française : liberté, égalité et fraternité. De nombreux élus me font part de leur désir d’insister davantage sur ces repères notamment auprès des jeunes. La Cathédrale peut contribuer à cet effort. Comme Maison du Peuple et témoin de son Histoire, elle rappelle que la liberté se conjugue avec le respect de toute vie en commençant par la plus fragile. Comme Maison de Dieu, elle rappelle que l’égalité se conjugue avec la reconnaissance de la dignité de chaque personne comme fils et fille de Dieu appelée à demeurer auprès de Lui. Comme siège de l’évêque, la cathédrale rappelle enfin que la fraternité se conjugue avec l’exercice des autorités humaines, civiles ou religieuses, au service du bien commun. La prière de la Préface pour l’anniversaire de la dédicace résume ainsi la signification et la mission d’une cathédrale : « Seigneur, Père très saint, dans la maison visible que tu nous a donné de construire, en ce lieu où tu ne cesses d’accueillir ta famille dans son pèlerinage vers toi, tu nous offres le signe et la réalité admirables du mystère de communion avec nous Ici, tu construis pour toi 11 le temple vivant que nous sommes et tu fais grandir l’Eglise, répandue à travers le monde […] pour qu’elle devienne en plénitude, vision de paix, cité céleste, Jérusalem ».

Vincent Dollmann Archevêque de Cambrai

Page mise à jour le 23/12/2021 à 12h49

Concours de poésie 2020

Organisé par la Société d'émulation de Cambrai


Concours ouvert dans le cadre de la séance solennelle 2021

Le dépôt des poésies est clos

Les lauréats

39, rue Saint-Georges

59400 Cambrai

-- oOo --

Règlement du concours de poésie

La Société d'Emulation de Cambrai organise cette année un concours de poésie.

Les prix seront remis lors de la séance solennelle à l’Hôtel de ville de Cambrai

Les prix seront attribués comme suit :

Poésie classique

Poésie Patoisante

Poésie « Junior » (jusque 18 ans)

Le montant du prix est de 100€

Article 1

Les épreuves dactylographiées devront être adressées avant le 31 décembre 2020 au siège de l'association,

39 rue Saint-Georges à Cambrai.

Article 2

L'envoi est rigoureusement anonyme, l'auteur ne faisant pas mention de son nom ni sur son travail, ni de son adresse, ni sur l'enveloppe le contenant. Il identifiera ses travaux par une devise et placera son nom dans une enveloppe fermée mentionnant extérieurement cette seule devise. Ceci pour respecter l'anonymat pour les opérations du jury.

Article 3

Tous les genres de poèmes sont acceptés, y compris en patois.

Article 4

Les œuvres devront être inédites et n'avoir jamais été présentées à un concours.

Article 5

Il est imposé 50 vers au minimum et 200 au maximum.

Article 6

Les épreuves ne seront pas restituées à leurs auteurs.

Article 7

Les lauréats ne pourront pas concourir aux prochains concours avant un délai de 4 ans. De plus, les lauréats des 3 précédents concours ne sont pas admis à concourir.

-- oOo --

Min patois

Jean-Luc MENET

In m'a souvint d'mindé commint que cha s'faisot

Qué j'comprinch' el patois. « T'as fait ed lonqu's étutes,

Disot'nt mes comarat's in vénant dins m'cahutte.

T'as appris el pariage qu'in pale à Chenonceau !»

Mes amiss's, i faut dir' qu'i z'étot'nt pas si sots

Et fleur ai jamais dit qu'i'avot in mi eun' lutte

Entre l'tiot qui faisot des cours's ed sacs ed jute

Et ch'ti qué j'sus dév'nu, qui couque dins des draps d'so.

Alors vl'là min sécret, j'vous raconte pas des coules,

Ch'est pas des mintiries ni des carabistouies,

Et i vous rapport'ra pas des mill's et des chints.

Ej' sus toudis resté un infant d'min village,

Et ch'est pour cha qu'achteur' j'in connos tout l'parlage.

L'patois s'apprint seul'mint in rincontrant les gins.

--oOo--

Un coq et une poule

M.Patrick VENTURE

Un coq libidineux courtisait une poule,

Galinette mondaine mais pas du tout cocotte,

Fréquentant les nantis, enfin ceux de la haute

Qui ne côtoient jamais la misérable foule.

Notre dame poulette aguichait le beau linge,

Paradait de la croupe, le port avantageux,

Caquetait, s'éventait, plastronnait de son mieux,

Séduisait à tout va, s'en creusant les méninges.

Le galant rengorgé s'approcha de la belle,

Monta sur ses ergots pour paraître plus grand,

Fit luire son jabot, voulut sortir du rang.

Tout en se pavanant, aborda la donzelle.

« Que vos plumes m'excitent déclama Chantecler.

Votre allure est divine, votre teint m'éblouit.

Quand vous ouvrez le bec s'affole mon ouïe

Et dans vos yeux de braise je vois jaillir l'éclair ».

« Coquelet de village lui rétorqua faisane.

Votre verbe est fleuri mais vient de basse-cour.

Il est à la hauteur d'un piètre troubadour

Qui ne peut que flatter de vulgaires sultanes ».

Maître coq outragé s'enfuit à tire-d'aile

Blessé dans son orgueil par ce gallinacée:

« Puisqu'il en est ainsi je me ferai corbeau.

J'apprendrai à voler et même à croasser.

J'emballerai les pies, on en trouve à la pelle

Et pousserai vainqueur un long cocorico».

--oOo--

Balade onirique

M.Gaspar LABORIE

La nuit bat son plein.

J'entreprends une balade.

Mon lit est à la lisière du bois.

Au loin la plaine découpe l'horizon de ses sommets abyssaux.

Je m'enfonce dans la clarté du massif.

J'entends le vent qui coule ; l'eau qui souffle dans les feuillages.

Aux racines des arbres pendent des fleurs sauvages.

Les oiseaux éclairent la nuit tandis que les lucioles chantent l'aurore

Je me roule dans les ronces cotonneuses en esquivant les épines de la mousse

Une cascade jaillit vers le ciel et m'éclabousse de lumière

Un caillou gambade dans une clairière touffue.

Non c'est un cerf traquant le loup !

Mais au loin le soleil gronde, le vent se couche,

La terre brûle, le feu tremble.

La tempête avant le calme.

Alors je me presse de rentrer tranquillement.

Me blottir dans mon lys douillet.

Flottant sur mon étang.

Je m'endors au jour naissant.

Page mise à jour le 13/01/2022 à 17h19

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